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ARCHIVES ACTUALITES : 15-30 JUIN 2002

De la part de R-R. H. (le 29/06/02).

"Arrivée imminente des troupes légalistes à Antsiranana ! ." Extrait du journal Midi du 29/06/02.

L’entrée dans la ville d’Antsiranana est prévue pour ce week-end, estime-t-on de sources concordantes. Dans le milieu militaire, on affirme que l’armée légaliste, a semé, hier, la débandade dans les rangs des rebelles, dès les premiers affrontements. Les troupes légalistes venant du sud et les milices en provenance d’Antsiranana ont commencé, en effet, à s’affronter à Ambilomagodra, à quelque 30 km au nord d’Ambilobe, c’est-à-dire à environ 70 km au sud d’Antsiranana depuis trois jours.

Les combats se sont poursuivis, hier, avec cependant de nouvelles donnes, puisqu’un avion de la Sonavam aurait approvisionné en armes le camp des rebelles le 25 juin dernier. Il s’agit, selon notre source, d’armes très sophistiquées, notamment des canons de dernier cri. Selon cette source, 2 camions de milices provenant du camp de la 2è Rfi ont été mobilisés, hier, pour transporter une quarantaine d’éléments du lieutenant-colonel Coutiti à Ambilomagodra.

Vulgaires détrousseurs

Concernant les otages, dont le nombre oscille de 71 à 76 selon les sources, la plupart ont déjà été relâchés, affirme un aumônier, et seuls 13 sont encore retenus au camp militaire de la 2è Rfi. Ces otages auraient été relâchés en échange de sommes d’argent conséquentes, se chiffrant par millions. « Les 13 personnes qui sont encore retenues dans le camp sont dans un état lamentable, car non seulement, elles y ont été emmenées de force, mais en plus, personne ne les connaît et elles n’attendent plus rien mais s’attendent à tout de la part des milices, jusqu’à ce que l’on vienne les délivrer moyennant la somme exigée par les milices », a relaté cette personne. La terreur règne encore dans la ville d’Antsiranana, car les « barbots », les éléments recrutés par l’ancien gouverneur et Coutiti, ne cessent de s’adonner à des rackets, rapportent plusieurs témoins dont des victimes de ces actes de brigandage, perpétrés par des milices qui n’hésitent pas à se transformer en vulgaires détrousseurs…

Position ambiguë

L’information selon laquelle des étudiants auraient été abattus n’a pas été confirmée. Selon le président de l’Union Nationale des Etudiants et Scolaires, qui est entré en contact avec son représentant à Antsiranana, les étudiants ont reçu des menaces mais aucun n’a encore été abattu. Seul un étudiant comorien a été touché par un coup de feu des milices, mais sans conséquence grave, alors que ces derniers faisaient leur ronde avant-hier. Cependant, les étudiants ont décidé de se tenir sur le qui-vive, par mesure de sécurité et les cours ont été suspendus par le Recteur jusqu’à nouvel ordre. Du côté de l’ancien gouverneur, il aurait annoncé à la radio qu’il ne se battrait pas, alors que les « barbots » continuent à être enrôlés, avec à l’appui une promesse de prime de recrutement de 3 millions par personne, dont une avance de 250 à 500.000 fmg et un fusil, au moment de l’engagement. Selon pourtant l’Afp, il aurait déclaré que s’il se rendait, il serait tué, en réponse à une lettre d’un général de l’Armée légaliste lui demandant de dissoudre le gouvernorat et aux militaires de rendre leurs armes et de rejoindre les casernes. Bref, une position ambiguë qui tranche avec son jusqu’au boutisme. Un peu plus loin au sud, le PDS d’Antsiranana, Jaosoa Jean Pascal, a visité la ville d’Ambanja, déjà acquise au pouvoir central, afin de sensibiliser la population sur la nécessité et l’efficacité des « andrimasom-pokonolona ». Ce dernier sera-t-il ce week-end accueilli à Antsiranana ? C’est en tout cas le souhait de la population et de tous ceux qui sont fatigués des exactions du gouverneur sortant et de Coutiti et ses rebelles.

De la part de R-R. H. (le 26/06/02).

"Les Etats-Unis reconnaissent Ravalomanana ." Extrait de Yahoo du 26/06/02.


ANTANANARIVO (Reuters) - Les Etats-Unis ont reconnu Marc Ravalomanana en tant qu'unique interlocuteur à Madagascar, mercredi, jour même des célébrations de l'indépendance et six mois après le début de la crise politique qui oppose les partisans du président élu à ceux du chef de l'Etat sortant, Didier Ratsiraka.
Wanda Nesbit, ambassadeur des Etats-Unis à Antananarivo, remis à Ravalomanana une lettre du président américain George W. Bush confirmant l'initiative de la Maison blanche.
"Je pense que d'autres pays vont prendre la même décision, mais j'estime qu'il est un peu prématuré de dire quel pays prendra quelle décision", a-t-elle déclaré à la presse.

Mais, contrairement aux Etats-Unis, la France, qui reconnaît les Etats et non les gouvernements, ne semble pas décidée à prendre publiquement position en faveur de l'un ou l'autre des protagonistes de la crise malgache.

Serrant fermement le message de Bush, Ravalomanana a salué l'initiative de Washington ainsi que la décision de débloquer les avoirs malgaches gelés par le Réserve fédérale au début de la crise.
Le maire de la capitale s'est par ailleurs réjoui de la présence de nombreux diplomates étrangers, membres des ambassades des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, du Japon, d'Allemagne, de Suisse et de l'Union européenne, aux fêtes de l'indépendance.

La France, ancienne puissance coloniale, n'était en revanche pas représentée, mais Ravalomanana a dit s'attendre à voir Paris suivre l'exemple américain. Le plus important, a-t-il souligné, est que les membres du corps diplomatique représentés soient plus nombreux que les absents.

"Je vous rappelle que la France soutient les initiatives de l'OUA et que nous maintenons une concertation étroite avec toutes les parties et avec tous nos partenaires, notamment américains, sur cette question", a déclaré mercredi Bernard Valero, porte-parole adjoint du Quai d'Orsay, interrogé sur la décision des Etats-Unis.

Pour sa part, le président Jacques Chirac, dans un message diffusé mercredi matin, a indiqué que "seule une solution politique basée sur un dialogue constructif entre toutes les parties, pouvait permettre de retrouver le chemin de l'unité, de la paix et du développement".

Dans ce dessein, Jacques Chirac ajoute que "la France ne ménagera pas ses efforts dans l'avenir pour soutenir les initiatives de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) afin que se dessine, à brève échéance, une solution de sortie de crise acceptable par tous".

De la part de R-R. H. (le 25/06/02)

"Madagascar : des boucliers humains." Extrait de Clicanoo du 25/06/02.

Quelque 70 jeunes, dont une femme, ont été interpellés et enchaînés hier aux grilles du gouvernorat de Diégo-Suarez, sous la garde de militaires pro-Ratsiraka qui les accusent d'être des mercenaires du président Ravalomanana.
“71 jeunes sont attachés à la grille les mains derrière le dos, depuis 15h30 (16h30 à la Réunion) sous la garde de militaires emmenés par le lieutenant-colonel Coutiti”, a assuré un haut fonctionnaire. Cette information a été confirmée par un autre témoin.
Dans la nuit de dimanche à lundi, des jeunes miliciens ratsirakistes encadrés par quelques militaires emmenés par Coutiti, avaient procédé à de nombreuses rafles à Diégo, arrêtant une centaine de personnes soupçonnées d'être des partisans de M. Ravalomanana ou tout simplement de son origine ethnique, selon des témoignages concordants, dont ceux de résidents étrangers.“Ils sont venus avec une cinquantaine de prisonniers dans un camion, avec une trentaine de jeunes Rambo et trois ou quatre militaires armés”, a raconté un témoin.
Les militaires qui ont enchaîné les jeunes gens à la grille assurent qu'ils ont été “capturés dans les combats” et que ce sont des “mercenaires de Ravalomanana”. Or, il n'y a pas eu de vrais combats ces derniers jours sur le front Nord et aucun des jeunes enchaînés ne portait d'uniforme ou de tenue de combat.
Des officiers supérieurs de l'état-major de M. Ravalomanana sur le front Nord ont aussi affirmé que les militaires et miliciens de Coutiti, dans leur repli sur Diégo, avaient recruté de force, depuis plusieurs jours, de jeunes hommes des villes et villages traversés, les habillaient et les armaient pour contenir l'avance de leurs troupes.
Les troupes de M. Ratsiraka qui, jusqu'ici, ont reculé à mesure que celles de M. Ravalomanana avançaient, sont composées pour l'essentiel de jeunes miliciens, sans aucune formation militaire, qui multiplient violences et extorsions dans toutes les villes où ils se trouvent, selon de très nombreux témoignages concordants, dont des religieux et des résidents étrangers.
Pour le camp Ravalomanana, ces jeunes civils enchaînés à Diégo sont devenus des “boucliers humains et des otages”. “Pour l'heure, je dirais plutôt qu'il s'agit d'un moyen de pression”, estimait hier en début de soirée un expert étranger.
“Je ne sais pas si ce sont des boucliers humains ou des otages, ce n'est pas moi qui les ai fait enchaîner là, mais les militaires”, a déclaré le gouverneur ratsirakiste de Diégo, Jean-Robert Gara. “J'ai demandé aux militaires de les détacher et de les enfermer comme des prisonniers normaux, mais peut-être ont-ils fait cela parce qu'ils ont voulu médiatiser notre cause”, a-t-il ajouté, ajoutant que l'attaque de Diégo par les troupes de M. Ravalomanana était “imminente”. “Ce n'est pas mon problème”, a répondu le gouverneur quand il a été interrogé sur le sort des jeunes.

“NOUS ALLONS PRENDRE DIEGO AVANT LE 26 JUIN”

Les troupes de M. Ravalomanana se trouvaient hier à Ambilobe, à quelque 137 km au sud de Diego. Trois colonnes ont pris hier matin en tenailles la ville d'Ambilobe. Les troupes pro-Ratsiraka ont déserté la localité dans la nuit, ont affirmé deux officiers supérieurs qui dirigent ces colonnes et un autre à l'état-major d'Antananarivo. Ces informations ont été confirmées par des experts étrangers.
“Nos colonnes sont aux portes d'Ambilobe, nous allons sécuriser la ville pour que nos trois colonnes s'y rejoignent avant d'aller immédiatement à marche forcée sur Antsiranana”, a déclaré l'un d'eux. “Nous allons prendre Antsiranana avant la fête de l'Indépendance”, a conclu l'un des officiers supérieurs.
Par ailleurs, le Quai d’Orsay a déclaré hier que la France poursuivrait l'aide humanitaire, “en la renforçant si nécessaire”, même si elle estime que la mise en place d'un gouvernement de réconciliation nationale est une priorité, a-t-on indiqué hier au ministère des Affaires étrangères. “La France rappelle que son objectif prioritaire demeure le retour au calme sur le terrain et que le moyen le plus efficace d'y parvenir passe par la réconciliation nationale”, a déclaré le porte-parole adjoint Bernard Valéro.
“La mise en place définitive et sans préalable du gouvernement de réconciliation nationale est la priorité”, a ajouté M. Valéro. “Elle permettra en effet de lever les mesures de blocage des fonds et de finaliser les projets de reconstruction dont le pays a tant
besoin.”"
Le porte-parole a ajouté que l'organisation de la consultation électorale prévue par l'OUA, avec l'aide et sous le contrôle de la communauté internationale, pourrai“alors se faire dans les meilleures conditions”.

De la part de R-R. H. (le 23/06/02)

"Les dirigeants africains de l'OUA appellent à la tenue de nouvelles élections à Madagascar".

Associated Press du 22/06/02.

ADDIS ABEBA (AP) - Réunis au sommet de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) consacré à la crise politique malgache, les dirigeants africains ont appelé samedi à l'organisation de nouvelles élections dans l'île de l'Océan indien, préconisant la mise en place à la tête du pays d'un gouvernement neutre de transition jusqu'à la résolution du différend entre le président élu Marc Ravalomanana et l'ancien chef d'Etat Didier Ratsiraka.

A l'issue d'une réunion qui avait débuté vendredi soir et s'est prolongée tard dans la nuit, l'OUA n'a pas souhaité légitimer l'un ou l'autre des deux hommes et les a appelés à faire preuve d'un maximum de retenue. Les dirigeants africains ont notamment demandé aux deux rivaux de lever les barricades sur les routes qui ont divisé le pays et de démanteler les milices armées.

Si l'ancien président malgache Didier Ratsiraka, arrivé vendredi dans la capitale éthiopienne, assistait au sommet, son rival Marc Ravalomanana, investi président le 6 mai dernier, a préféré envoyer un représentant. Samedi, Didier Ratsiraka a salué la résolution de l'OUA, mais les représentants de Ravalomanana ont estimé qu'elle "était injuste et ne prenait pas en compte la situation du pays".

Le contrôle de l'île de l'Océan indien est divisé entre les partisans des deux hommes à la suite de la présidentielle du 16 décembre dernier aux résultats contestés. Marc Ravalomanana a été investi après un nouveau décompte des suffrages, rejeté par le président sortant. Depuis, Didier Ratsiraka a créé un gouvernement dans la ville portuaire de Toamasina tandis que Marc Ravalomanana a pris le contrôle de la capitale Antananarivo.

Samedi, le ministère français des Affaires étrangères "a pris acte de la position arrêtée par l'OUA". "C'est désormais sans délais que cet accord doit être mis en oeuvre", a déclaré le porte-parole du Quai d'Orsay, François Rivasseau, dans un communiqué.

"La France demande donc aux protagonistes malgaches de tout mettre en oeuvre pour constituer sans préalable un gouvernement de réconciliation nationale et pour préparer une consultation populaire avec l'aide et sous le contrôle de la communauté internationale", a-t-il ajouté, dénonçant "les actes de sabotage et toutes les exactions dont est victime la population civile".

La semaine dernière, Didier Ratsiraka s'était rendu en France dans des circonstances peu claires, alors que les affrontements s'intensifiaient entre ses partisans et les troupes de Marc Ravalomanana. Mercredi, les autorités tanzaniennes ont intercepté un avion transportant 12 mercenaires français présumés. Le Falcon, qui avait quitté la région parisienne à destination de Madagascar, avait été contraint de faire demi-tour après une escale technique à Dar-es-Salaam.

A Madagascar, un responsable militaire du camp de Marc Ravalomanana, s'exprimant sous couvert de l'anonymat, avait affirmé mercredi que les 12 mercenaires présumés avaient l'intention d'aider l'ancien chef d'Etat Didier Ratsiraka à reprendre le pouvoir.

"La France condamne toute tentative de recours à la force et d'appel à des mercenaires. Elle ne saurait admettre, en aucune façon que le territoire français puisse être utilisé à cet effet", avait précisé le Quai d'Orsay dans son communiqué.

Etaient représentés au sommet de l'OUA l'Ethiopie, le Sénégal, le Mozambique, la Tanzanie, la Zambie, l'Afrique du Sud, le Togo, la Namibie et le Gabon. AP

De la part de R-R. H. (le 20/06/02)

"Le voyage raté des mercenaires français à Madagascar". Extrait du journal Le Figaro du 20/06/02.

Didier Ratsiraka profite-t-il de son séjour à Paris pour expédier en catimini des mercenaires recrutés en France à Madagasca r? Le voyage avorté d'un groupe de soldats de fortune français bloqué depuis mardi à Dar es-Salaam fait peser de lourds soupçons sur un président sortant aux abois.

Partis du Bourget en région parisienne à bord d'un vol privé, douze mercenaires et trois hommes d'équipage se sont vus interdire l'accès à l'espace aérien malgache lors d'une escale pour un plein de kérosène en Tanzanie à Dar es-Salaam. Alertées de la venue de l'appareil et de ses curieux passagers, les autorités de Madagascar ont opposé un veto au plan de vol. Ce dernier prévoyait, sur la base d'une fausse déclaration, un atterrissage à Tamatave, le principal port du pays et fief de Didier Ratsiraka.

L'escouade s'est hier piteusement repliée sur un hôtel, alors que l'avion cloué au sol a pris place dans un hangar à proximité du tarmac de l'aéroport tanzanien. Les hommes, dont les identités n'ont pas été révélées, appartiennent à un contingent ayant eu pour mission soit d'encadrer les troupes restées fidèles à l'«ex-amiral rouge» dans les secteurs encore sous contrôle de Didier Ratsiraka, soit d'organiser dans la capitale Tananarive un attentat visant à abattre son concurrent, Marc Ravalomanana.

Selon nos informations, le camp du président sortant a tout d'abord sollicité à Paris une société spécialisée dans la sécurité et dirigée par un ancien responsable de la DGSE, les services d'espionnage français. Celui-ci aurait sous-traité le dossier auprès d'une officine fortement impliquée dans l'ancienne guerre civile congolaise dans le camp du président Sassou N'Guesso. Lors de l'été 1999, son patron Marc Garibaldi, un personnage bien connu du milieu, avait dépêché à Brazzaville une centaine de mercenaires.

Lors de l'été 1999, son patron Marc Garibaldi, un personnage bien connu du milieu, avait dépêché à Brazzaville une centaine de mercenaires. Sur le papier, les « vazahas » – les Blancs – devaient cette fois « sécuriser une plate-forme aéroportuaire ainsi qu'un port » de Madagascar. Mais Marc Garibaldi était, selon l'expression d'un expert, « criblé », c'est-à-dire sous la surveillance intensive des services de renseignements français.
Sur l'île, des rumeurs sur la présence de soldats de fortune circulaient depuis plusieurs semaines. On avait parlé de recrues algériennes, voire libyennes. A Tananarive, les adversaires de l'amiral associaient le départ précipité de Didier Ratsiraka pour Paris le 13 juin dans un Airbus, mis à sa disposition par la France à l'occasion du sommet de Dakar, à un déplacement en vue de l'achat de matériel militaire.

Ils avaient été intrigués par ses explications sur ce voyage inattendu, notamment lorsque le président sortant affirmait qu'il « ne fuyait pas ». « Si j'abandonne maintenant, ce serait vraiment une désertion », avait-il déclaré. Et d'ajouter qu'il allait « travailler à l'étranger à la recherche d'une solution à la crise malgache ». Des petites phrases qui prennent aujourd'hui un relief particulier.

L'amiral a quitté Madagascar tandis que progressaient en brousse les forces de Marc Ravalomanana, le président proclamé élu par la Haute Cour constitutionnelle à la suite du différend sur le résultat de l'élection présidentielle de décembre. Le port de Mahajanga sur la côte ouest, la ville de Toliara au sud et le port de Vohemar à l'est étaient tombés sans combat le lendemain de son départ. Dès lors, les partisans de Didier Ratsiraka ne contrôlaient plus que deux bastions : la province de Tamatave et, au nord, l'ancienne base maritime française de Diego Suarez ainsi que son prolongement l'île paradisiaque de Nosy be.

Depuis plusieurs jours, les troupes de Tananarive composées de volontaires fraîchement enrôlés essayent de progresser vers le nord-ouest. Des combats sporadiques au bilan difficile à établir se déroulent à l'entrée d'Ambanja, le verrou qui ouvre la porte vers Nosy be et Diego Suarez. D'importants renforts sont attendus en vue d'un débarquement sur Nosy be, où un commando pro-Ravolomanana est en difficulté.

L'île est entre les mains du lieutenant-colonel Ancelin Coutiti, un extrémiste à la réputation sulfureuse. Ancien responsable de la garde présidentielle de Didier Ratsiraka, son nom est associé à la répression sanglante des « manifestations de la liberté » de l'été 1991. Depuis six mois, le commando d'Ancelin Coutiti traque dans la province du Nord, rétive au pouvoir central, les partisans de Didier Ravalomanana. Il aurait mis en coupe réglée des sites de rêve désertés par les opérateurs touristiques. Belle comme une carte postale, l'île est considérée comme la perle de Madagascar. Elle est aussi proche de l'archipel des Comores dont l'un des îlots a été en novembre le théâtre tragi-comique d'un débarquement de putschistes français à la petite semaine.

A la fois extravagante et symptomatique de vieux réflexes, l'affaire des mercenaires de Madagascar plonge Paris dans un certain embarras. Car, après une longue période d'attentisme, la France a marqué sa volonté de s'engager davantage dans la crise malgache. Dominique de Villepin s'est rendu début juin en Afrique de l'Ouest pour rencontrer les présidents gabonais, Omar Bongo, et sénégalais, Abdoulaye Wade, afin de préparer le sommet de Dakar II où s'est amorcée l'ébauche d'un scénario de sortie de crise.

Le Quai d'Orsay avait alors affrété des avions pour faciliter le déplacement des deux présidents malgaches, Marc Ravalomanana et Didier Ratsiraka. Ces appareils ont été loués à la société Aéroservice. Ironie de l'histoire : c'est la même entreprise de prestation qui a été utilisée pour tenter d'acheminer le groupe de mercenaires à bord de l'appareil utilisé précédemment par... Marc Ravalomanana.

Selon une version circulant à Paris, Didier Ratsiraka se serait adressé à Aéroservice pour aller au plus pressé. Soucieux de « ne pas laisser tomber son camp », il aurait rejeté diverses mises en garde. Paris aurait alors donné l'ordre de faire capoter l'opération pour signifier son désaccord.

Reste que l'échec du voyage des mercenaires est un nouveau coup dur pour le président sortant.

Mis en difficulté sur le plan militaire et politique, l'« ex-amiral rouge » continue à perdre son crédit diplomatique.

Ses initiatives intempestives le font apparaître aux yeux de Washington, des capitales européennes et de ses homologues de l'OUA, l'Organisation de l'unité africaine, comme un va-t-en-guerre pendant que son rival prétend être disposé à des concessions et avance un à un ses pions.

De la part de R-R. H. (le 19/06/02)

"Nouveau gouvernement : fausse-varie réconciliation". Extrait du journal Tribune du 19/06/02.

On ne sait pas trop si c'est un gouvernement de réconciliation nationale, de consensus ou d'ouverture… Il est tout sauf celui que l'opinion attendait. Beaucoup espéraient, d'ailleurs, une équipe répondant au souhait de la communauté internationale qui a recommandé la formation d'un gouvernement dans lequel devaient figurer des éléments appartenant à d'autres familles politiques. Autrement dit, la présence de ministres Arema. Ce qui n'est, apparemment, pas le cas.
A la lumière des six nouveaux ministres, nommés hier, il est, en effet, difficile d'affirmer que Jacques Sylla vient de former un vrai gouvernement de réconciliation, comme prévue.
Toutefois, le fait d'avoir intégré des personnes, qui ont par le passé collaboré de près ou de loin avec l'amiral Ratsiraka, est aussi un signe de réconciliation… Néanmoins, dans sa forme actuelle, ce nouveau gouvernement semble ne pas satisfaire entièrement ceux qui voulaient, au fond de leur cœur, gommer définitivement la haine et les différends qui ont « pourri » la vie politique malgache pendant ces six derners mois.
RAMENER LA PAIX
Quoi qu'il en soit, une nouvelle équipe gouvernementale est là. Il faut faire avec. Etant donné que le pouvoir de Marc Ravalomanana paraît se consolider, celui-ci pense avoir désormais toutes les cartes en mains et peut se permettre de former un gouvernement selon ses propres conceptions. A la rigueur, pour les communs des Malgaches, qu'importe le cursus politique des ministres, pourvu qu'ils réalisent le vœu de la population : ramener la paix sociale et redresser rapidement l'économie nationale.
Après la mise en place du gouvernement Sylla III, les réactions sont, en tout cas, mitigées. Des observateurs ne savent pas très bien comment saisir l'intention réelle de MM. Ravalomanana et Sylla en confectionnant un tel gouvernement. Le premier à réagir, et il fallait s'y attendre, est l'amiral Ratsiraka qui, dans son exil parisien, a fait savoir à qui veut l'entendre que cette formation gouvernementale est loin de correspondre aux exigences de l'OUA et des bailleurs de fonds qui exigeaient un gouvernement de réconciliation nationale.
Une autre période s'ouvre aujourd'hui pour M. Ravalomanana. Il doit tenir bon jusqu'aux législatives. Cependant, on ignore ce que va donner la rencontre d'Addis-Abeba (OUA), prévue le 21 juin, où les deux rivaux devraient en principe se rendre. Une réunion, destinée à faire sortir Madagascar de la crise. Wait and see

De la part de R-R. H. (le 18/06/02)

"Redressemnt : Ravalomanana appelle les bailleurs à débloquer les fonds". Extrait du journal Midi du 18/06/02.

Le président de la République, Marc Ravalomanana, s’est déplacé hier à Toliara au lendemain de l’installation officielle du PDS, Thierry Raveloson. Sa dernière rencontre avec la population tuléarienne remonte à la période de la campagne électorale en vue du scrutin du 16 décembre dernier. Les retrouvailles avec les habitants de Toliara furent très chaudes au lendemain d’une longue asphyxie économique et sociale dont a souffert cette province. Le chef de l’Etat a profité de l’occasion pour louer le courage du peuple malgache dans sa volonté d’établir le changement après de longues années de verrouillage économique au profit d’une minorité.

Solidarité
Mais son grand appel s’adresse aux grandes puissances. « Vous rendez-vous compte que les Malgaches sont appauvris à cause de la mauvaise gestion des précédents dirigeants ? Débloquez les avoirs extérieurs de Madagascar pour le développement de ce pays », a-t-il lancé. Une manière pour le président de la République de responsabiliser la communauté internationale qui donne l’impression de traîner les pieds, alors que le régime a franchi, ces derniers temps, beaucoup d’étapes pour faire asseoir un climat d’apaisement, notamment en formant prochainement un nouveau gouvernement de réconciliation nationale. Sur ce plan, plus précisément, Marc Ravalomanana a expliqué à la population de Toliara que le gouvernement de réconciliation nationale sera mis sur pied dans l’objectif de favoriser la solidarité, de renforcer la sécurité et la sérénité, gage d’un développement efficace.

Hygiène
S’adressant plus particulièrement à la population et aux responsables locaux de Toliara, celui qui fut maire de la capitale de Madagascar a présenté quelques propositions, en ce qui concerne l’assainissement et l’hygiène de cette ville. Marc Ravalomanana a fait savoir qu’en 6 mois, pour la rendre propre, on pourrait obtenir de bons résultats. On pourrait, par exemple, mettre en place en trois mois des bacs à ordures. Le chef de l’Etat a également suggéré l’utilisation de bicyclettes dans cette ville du sud et la réhabilitation des routes. Tout en promettant un hélicoptère destiné aux opérations menées contre les dahalo. Sur le plan de la politique nationale, Marc Ravalomanana a réitéré qu’il cherchait plutôt les moyens d’améliorer le fonctionnement de la structure des provinces autonomes au lieu de les supprimer. Une occasion qu’il a saisie pour déclarer que pour les prochaines législatives, le régime oeuvrera pour une meilleure représentativité du peuple. Bref, Marc Ravalomanana, étant le Président de tous les Malgaches, a affiché sa volonté d’agir conformément à ce rôle et à cette haute fonction. Durant sa visite à Toliara, le chef de l’Etat s’est rendu, une nouvelle fois, compte de la soif de changement de son peuple. Une offensive de charme réussie, même à l’endroit de ceux qui n’ont pas voté pour lui le 16 décembre 2002.

De la part de R-R. H. (le 16/06/02) :

DAKAR (AFP) dimanche 16 juin 2002.

Madagascar: Ravalomanana veut sortir de la crise.

- Marc Ravalomanana est d'accord sur "les points essentiels" du plan de sortie de crise, proposé le 9 juin lors des discussions dites de "Dakar II", en particulier la formation d'un gouvernement de réconciliation et l'organisation de législatives anticipées.

Dans cette lettre, a indiqué samedi une source proche de la présidence sénégalaise, Ravalomanana "marque (son) accord sur les points essentiels du +plan de règlement+" qu'ont proposé le week-end dernier plusieurs chefs d'Etat "facilitateurs", au nom de l'OUA. Il dit adhérer "sans réserve à (l')excellente proposition de tenir les législatives anticipées permettant au peuple malgache, dans un scrutin transparent et garanti par la communauté internationale de s'exprimer, cette fois, librement".

Dans sa lettre au président Wade, Ravalomanana dit également souscrire à sa proposition de former "un nouveau gouvernement de réconciliation nationale sans exclusive". "Dans cet esprit", il affirme qu'il va nommer un Premier ministre - qui pourrait être son actuel Premier ministre - et un cabinet "qui fera appel à toutes les forces vives de la nation malgache, y compris des partisans de l'ancien président".

Le 9 juin, après deux jours de discussions à Dakar, Ravalomanana et Ratsiraka s'étaient séparés sans avoir signé d'accord, mais partant avec un "plan de sortie" de crise proposé par les médiateurs et "facilitateurs". Ce plan proposait effectivement la mise en place d'un gouvernement de transition et l'organisation de législatives anticipées, si possible avant la fin de l'année. Les deux hommes avaient signé un accord de réconciliation le 18 avril à Dakar, mais il n'a jamais été appliqué et l'île s'est enfoncée dans la crise.

De la part de R-R. H. (le 15/06/02) : extrait du journal Tribune du 15/06/02

APRÈS LA CRISE, LE NÉCESSAIRE CHÂTIMENT

Pour les forces légalistes, la reconquête du territoire va bon train. La progression des troupes se révèle plus rapide et plus facile que prévu. Malgré les fanfaronnades des pro-Ratsiraka après Dakar II, la résistance s'effondre partout, le plus souvent sans tirer un seul coup de feu. Le départ inopiné de l'amiral Didier Ratsiraka jeudi, a d'ailleurs porté un sérieux coup au moral de ses partisans et précipité l'écroulement général. Beaucoup blâment ce geste de l'amiral qui semble abandonner ses troupes pour mettre sa personne et ses proches en sécurité à l'étranger. Dans les fourgons de l'Armée légaliste, qui s'empare l'une après l'autre des places fortes, les chefs de province (PDS) prennent possession de leurs fauteuils : Thierry Raveloson (Toliara) hier, et Pierre Tsiranana (Mahajanga), ce jour. Pour les deux dernières provinces aux mains des ratsirakistes, Toamasina et Antsiranana, les jours des gouverneurs à leurs postes sont comptés.

FOYER DE COMPLOT

Hier, le président Marc Ravalomanana a lancé un appel au calme et à la sérénité à la nation, exhortant les pro-Ravalomanana à la tolérance vis-à-vis des ratsirakistes. Il est vrai qu'en beaucoup d'endroits, la rancœur et l'amertume attisent la vindicte publique et pourraient conduire à la chasse à l'homme et au lynchage. Une tâche urgente en tout cas s'impose au pouvoir de Marc Ravalomanana, et on s'attend à ce qu'il l'accomplisse sans faillir et sans faiblir : anéantir la capacité de nuisance de l'amiral Didier Ratsiraka et lui enlever ses griffes. S'il a déclaré "aller à l'étranger pour quêter le bien du peuple malgache puis revenir au pays", on ne sait que trop ce que cela veut dire : reconquérir le pouvoir, au besoin par la force, car il se considère comme étant le seul à pouvoir faire du bien au peuple malgache. Si on ne peut interdire à un ressortissant de débarquer sur un point du territoire, il importe d'encadrer étroitement la province et de la quadriller. Et ce, pour contrôler les activités de tous et prévenir les menées subsersives contre l'unité nationale et le pouvoir issu du peuple. Des sites comme le domaine d'Ambodiatafana doivent être spécialement surveillés, car peuvent se muer en foyer de complot.
Seconde tâche impérieuse : traduire en justice dans les meilleurs délais tous ceux qui ont fauté lors des événements. Les auteurs des délits et crimes ne doivent pas rester impunis, des falsifications de scores au ministère de l'Intérieur à l'érection de barrages économiques, en passant par l'exécution ou la torture de militants, le dynamitage de ponts et les propos en actes à caractère tribaliste.
Aucune indulgence pour des faits qui ont nui gravement à l'économie et à l'unité nationale. Des événements de ce genre ne doivent plus se répéter, et il convient de sévir pour faire des exemples. Il y aura peut-être plus tard pardon et amnistie, mais qu'on sache surtout que certains actes sont repréhensibles et méritent châtiment. On souhaite que dans les prochains jours, le gouvernement (ou l'Assemblée nationale) adopte une résolution dont la teneur serait la suivante : l'amiral Didier Ratsiraka et ses complices se sont rendus coupables de faits réprimés par la loi, et s'engage à les livrer à la Justice dès que les circonstances le permettent. Une telle déclaration désamorcerait d'ailleurs les rancœurs et empêcherait la population de se faire justice.
Demain, jour pour jour, 15 juin, il y aura six mois de crise particulièrement dommageable pour l'économie et l'unité nationale. Beaucoup estiment que contre le retour au pays de l'amiral Didier Ratsiraka , il faut faire... barrage.