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ARCHIVES ANALYSE : 9 SEPTEMBRE 2002

"OUI, D'AUTRES CHEMINS ET D'AUTRES METHODES DOIVENT ETRE EXPLORES"

VOICI UN ARTICLE SUR LES PROBLEMES DE FINANCEMENTS A MADAGASCAR

http://www.madonline.com/

Des carences et des verrouillages
Par Raw , le 22/08/2002

Avec un système financier et bancaire dominé par la France on ne peut s'attendre à de réels changements. D'autres chemins et d'autres méthodes doivent être explorés.

Sans aller jusqu'à compter l'argent qui se trouve dans les poches des particuliers, dans leurs caisses, sous leurs lits ou dans leurs comptes en banques, on doit avouer que beaucoup de personnes, de familles ou de groupes informels disposent d'une richesse non négligeable. Les grandes maisons d'habitation, les appartements et autres immeubles qui jalonnent de plus en plus de quartiers de la capitale sont là et nous interpellent sur la pauvreté des Malgaches. Ces derniers temps, les embouteillages qui reprennent progressivement le dessus dans la capitale nous font redécouvrir les innombrables voitures 4X4 qui ne sont, il est vrai, qu'un autre type d'épargne.

Pour beaucoup d'économistes et financiers, il faut intéresser et orienter cette épargne pour qu'elle soit productive.

Cependant, le particulier n'a pas vraiment de choix sinon aucun, mis à part les services mis à disposition du client par les banques françaises, qui pour beaucoup ne sont pas attrayants.

Si la banque offre généralement des taux d'intérêt aux alentours de 5 ou 6% l'an, et bien d'autres motivations dans les dépôts, on comprend que c'est dérisoire par rapport aux intérêts de l'ordre de 11% l'an proposés par le Trésor. Mais qui peut se permettre de répondre aux appels d'offre lancés par le Trésor publique par les Bons du Trésor par Adjudication qui s'élèvent à des centaines de millions, voire à des milliards fmg?

On sait pourtant que les dépôts des particuliers auprès des banques primaires font les prêts. On relève aussi les millions de fmg placés dans les chevaux en fin de semaine dans les caisses de société privée étrangère. En tout cas, des financiers et des économistes révèlent qu'il y a quelques familles, quelques groupes financiers, quelques privilégiés qui bénéficient du système bancaire et financier aujourd'hui encore en vigueur et n'expriment aucune volonté de démocratisation du système financier.

On ne peut en effet fermer les yeux sur le monopole dans le business exercé par quelques groupes dans les affaires et les marchés publics, en particulier quand le financement provient de l'Agence française de Développement ou AFD, voire de l'Union européenne.

Par la caution bancaire exigée et tout le réseau d'assistance et de bureaux d'études dont ils disposent ces groupes d'affaires accaparent un peu la totalité de l'aide publique française au développement.

De ce point de vue l'impôt des contribuables français ne sert plus à aider au développement aux populations des pays en situation de besoin, mais à donner du travail et à enrichir quelques privilégiés. Bien plus, elle ne bénéficie qu'à un groupe d'individus, se trouvant au hasard des écoles fréquentées, ou au hasard des sorties en cabaret à Antaninarenina, dans le centre ville de la capitale, dans le circuit de la manne, et aux banques privées françaises.

On avance même dans certains milieux bancaires que c'est le Crédit lyonnais Madagascar qui est le plus performant des Crédits lyonnais dans toute l'Afrique ; et pour cause! Il en serait de même du côté du groupe BOA.

"Un véritable verrouillage", s'insurgent des opérateurs d'autres nationalités qui ne demandent que l'affluence d'autres financements, notamment américains car à leur avis, le déséquilibre sera alors moins flagrant et moins frustrant.

VOICI MON COMMENTAIRE

Cette analyse est réaliste et rend bien compte de l'un des vrais problèmes : "un vrai blocage du développement" à Madagascar.

Le fonds du problème date depuis la colonisation. Seules les formes ont changé : c'est un des piliers du "Néo-colonialisme du troisième millénaire". Et je suis encore poli.

J'ai déjà cité ici, ou là, dans les forums où je participe, qu'il y a un article qui nous disait tout cela de façon très explicite, lorsque nous étions encore étudiant à Ankatso en 1975-1979, dont le titre, à lui tout seul, dit tout sur le contenu : "Qui exploite qui, en Afrique ?". Cet article est de Jean Pierre OLIVIER (pour ceux à qui cela intéresse, je pourrais leur donner les références, mais en anglais, sur internet - j'ai la version papier qui date de mon passage à l'EESDEGS, chez moi).

Alors, aujourd'hui, j'ose vraiment poser la question à tous les Malgaches : la population, jeunes et moins jeunes, fonctionnaires, militaires, entrepreneurs, pères et mères de familles, rentiers, commerçants, propriétaires terriens, comme quoi : dans uncontexte comme analyser ci-dessus "Qui exploite qui, à Madagascar ?"

Mais pour l'orientation vers une ou des solutions réalistes, réalisables, le sous-tritre de cet article la donne aussi : "D'autres chemins et d'autres méthodes doivent être explorés".

Je persiste et je signe que la bonne orientation est celle qui mettrait la population, les 90% de la population Malgaches au centre d'un "système financier" qui aurait comme moteur ces 90% des Malgaches.

Pourquoi ? Tout simplement, depuis la colonisation, tout le monde s'évertue à répéter cette statistique comme quoi : plus de 90% de la population de Madagascar vivent de paysannerie, de l'agriculture.

Alors, de façon très simple, il faudrait orienter le système financier, quitte à revoir carrément la façon de financer les activités économiques, et créatrices d'emplois à Madagascar.

Oui, il faut solliciter les épargnes des Malgaches. Mais il faut les orienter vers ce grand marché latent, ne serait-ce qu'en terme de "PPN".

Et qui pourrait mieux connaître ce qu'exige ce secteur d'autre que ces 90% des Malgaches eux-mêmes ?

Le détail des possibilités de cette orientation ne se trouve pas ni au FMI, ni à la BIRD, ni à la BEI, ni à l'AFD, ni à la BAD, encore moins dans le type de système bancaire malgaches d'aujourd'hui.

Ces éléments de solutions devraient émerger depuis le contexte malgache lui-même, le contexte où vivent ces 90% des Malgaches.

Donc, ce ne sont nécessaires des gars qui sortent de Polytechnique, ni de Harvard, ni de HEC, mais des personnes de "bon sens", qui a de la "jugeotte", pour comprendre que pour développer Madagascar, il faut être "main dans la main" avec tout le monde, mais pas sucer continellement les Magaches, et s'enrichir sur leur dos.

Et il arrêter de faire du business du type "Tout, Tout de suite, et Pour moi-même", comme cela a été effectué depuis la colonisation, et peut-être, sous une forme que l'on consatate encore aujourd'hui, durant le système Ratsiraka.

Alors si les nouveaux dirigeants sont bien sensés, je crois qu'ils comprendraient, désormais que Madagascar se serait pas développé sans le peuple Malgache : surtout les 90% des Malgaches.

UNE SUGGESTION POUR UNE SOLUTION POSSIBLE

C'est sûr que, d'après le système bancaire de type "français", il y a beaucoup de risques de travailler avec des petites gens, pauvres et qui n'ont ni terrains, ni maisons, ni biens personnels pour garantir les financements. Or c'est la réalité dont nous avons à faire face à Madagascar. Donc ce type de système de financement n'est pas l'arme principale pour développer un pays où il y a plus 90% de gens qui ont ce type de profil "trop risqué".

Aussi tant qu'à faire : chercherons le chemin avec eux, et non sur leur dos, en essayant de résoudre autrement ce problème de "caution", de "garantie".

Ma suggestion alors, est de travailler avec eux, pour apporter cette garantie, cette caution, et pour apprendre leurs métiers de façon à mieux cerner où se trouvent les vrais problèmes entraînant des risques. Il faudrait une couche de Malgaches de "bons sens" pour faire ce travail d'accompagnement du développement (le cas de Ravalomanana à travers Tiko est une merveille en la matière - par contre je ne sais pas comment a-t-il commencer). Et ce sont ces types d'acteurs que la Banque Mondiale n'a pas, et encore moins les banques classiques que l'on rencontre chez nous.

Attention ! Je ne dis pas que ce serait facile ! Mais au moins cette approche permettrait de travailler de plus prêt avec les Malgaches, pour faire émerger une solution correspondant à leurs aspirations, à leur contextes.

Seul le contexte donne sons sens à ce que nous faisons.

ENFIN UNE EXPERIENCE PERSONNELLE POUR TERMINER

J'ai été consultant en gestion et en système d'information, en profession libérale en France, de 1991 à 1993. J'ai trouvé un marché d'archivage électronique de documents, pour le compte d'une librairie en Astrologie. J'ai effectué mes études de faisabilité, et de rentabilité. Le chantier était à réaliser en un an et demi, pour un chiffre d'affaire de 1,5 millions de francs. Mais j'avais besoin en fonds de roulement de 300.000 francs environ pour avancer le chantier. J'avais déjà une lettre d'intention du client, comme quoi : mon offre leur convient, et qu'il serait prêt à travailler avec moi.

Alors je suis allé voir mon banquier (je tairais le nom de cette banque), avec mon business plan et la lettre d'intention du client (une quasi commande, quoi !). Et il me dit : nos ne pouvons pas vous suivre, cher monsieur, car : - premièrement la conjoncture n'est pas favorable d'une part, et d'autre part, - vous n'avez pas encore deux ans de bilans professionnels (j'étais dans ma deuxième année de profession libérale).

Je lui ait tout simplement ceci : écouter monsieur ! le client est déjà prêt à payer, alors allons voir son état financier avec son banquier, et son comptable, si vous le voulez. La conjoncture n'a rien à voir avec son état financier, car il peut vraiment payer ce chantier. Moi j'ai le savoir-faire, et je peux réaliser professionnellement, avec l'aide de mes fournisseurs, ce chantier.

Comme cela : je n'ai pas eu le marché. C'est un ami à moi quil'a eu. Et ce marché a décuplé après de la première tranche, objet de mon dossier.

Depuis ce temps-là, bien sûr, que je ne peux pas du tout comprendre pourquoi ce type de système pourrait favoriser la création d'emplois (celui qui veut commencer une affaire aurait moins de chance de commencer,dans ces conditions : vous n'avez pas encore deux ans de bilans ), même en France (mais ceci est une autre question). Encore moins, je ne pourrais jamais accepter que ce type de système pourrait développer un pays pauvre comme Madagascar, avec des gens qui n'ont ni maison, ni terrain, ni des bas de laines, etc., pour garantir un financement quelconque.

J'ai dit mes amis, et à très bientôt !

RANAKANDRIANTSOA Soromilanja