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ARCHIVES ANALYSE : MARS-AVRIL 2002

1- "Commentaire sur les événements de Fianarantsoa de ces derniers jours" (mise on-line : 16/04/02)
2- "Quelles stratégies pour sortir de la situation actuelle ???" (mise on-line : 17/04/02)

1 -"Commentaire sur les événements de Fianarantsoa de ces derniers jours"

A - Je trouve bizarre ce général Bruno Rajaonson !

(Voici un extrait d'une des dépêches de l'AFP de ce week-end )

samedi 13 avril 2002, 17h43
Madagascar: 5 soldats tués par d'autres militaires

ANTANANARIVO (AFP) -
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La sacro-sainte unité de l'armée malgache, que ses responsables aiment qualifier de "grande famille", est désormais une illusion.

Les combats opposent depuis vendredi dans la troisième ville du pays, à 400 km au sud d'Antananarivo, des soldats, gendarmes et policiers fidèles à M. Ravalomanana, épaulés par des civils qu'ils ont armés, à des gendarmes et des militaires qui défendent le palais du gouverneur "ratsirakiste" Emilson, où ce dernier s'est retranché depuis plus de quinze jours.

"On ne pensait pas que nos frères allaient s'affronter. Je suis très inquiet de la tournure des événements", se lamentait déjà vendredi le général Bruno Rajaonson, premier adjoint au chef d'état-major des armées, numéro 2 des forces restées légalistes.

Lundi dernier, il confiait à l'AFP que ceux qui avaient rallié M. Ravalomanana étaient "des frères, pas des ennemis", "simplement en excursion avant de rentrer dans la grande famille".

"Ce sont des renégats", s'emportait-il samedi en évoquant les "assassins" qui ont pris en embuscade, à l'aube, aux portes de Fianarantsoa, 25 militaires de l'Ecole Nationale des sous-officiers d'Antsirabe.

"Nous allons les pourchasser, jusqu'à maintenant, nous n'avons pas voulu sévir mais cette fois la coupe est pleine", a assuré le général Rajaonson.
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Le général Rajaonson jure que "l'ordre ne venait pas de l'état-major", et évoque la possibilité d'un "ordre parallèle". "Mensonge, ou reconnaissance implicite de la déroute de la hiérarchie", commente un observateur étranger.
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A bis - Mon commentaire :

· Soit il est au courant de tout, et fait semblant de botter en touche lorsque le torchon brûle (lorsque des jeunes gendarmes se font tuer, à cause leur tergiversation). Dans ce cas il est vraiment de mauvaise foi ;
· Soit, il ne sait rien du tout, alors et je me demande pourquoi reste-t-il encore à son poste, puisqu'il n'apporte pas de plus value à la lutte que mène la population qui ne veut plus d'un régime pourri et corrompu ; - et en plus on se fout de lui dans ce cas (voir commentaire du deuxième extrait ci-dessous);

Il ne sait pas que c'est le régime de " corruption généralisée de Ratsiraka " que la population est en train de " gerber " actuellement, et de combattre aujourd'hui.
Comment peut-il tenir ce langage de loyaliste ?
Et puis en quoi est-il loyal déjà ?

S'il est loyal à un " régime corrompu et qui a mis à genou le pays et la population depuis 20/25 ans ", il ne faut pas qu'il ait peur de défendre son " business ". Mais au moins qu'il le dise clairement.

De toute façon Ratsiraka se fout de tout le monde : ne parlons même pas de ceux qui n'ont pas voté pour lui ; mais le plus grave c'est qu'il jette avec l'eau du bain même ceux qui ont voté pour lui, avec tous ces barrages.

B- D'après ce général Bruno Rajaonson, c'est Tantely PM de DR qui aurait donné l'ordre d'envoyer ces jeunes gendarmes " à la boucherie " !

(Voici un autre extrait d'une des dépêches de l'AFP de ce week-end )


dimanche 14 avril 2002, 18h51
Madagascar: l'armée se disloque

ANTANANARIVO (AFP) -
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"L'armée se disloque complètement, les rares militaires qui se disent encore légalistes désobéissent maintenant aux ordres de leur hiérarchie", assure à l'AFP un général qui a requis l'anonymat.
"L'armée implose", analyse un expert étranger. "Elle est en voie de dislocation", confirme un de ses pairs, au lendemain de la mort de cinq élèves-officiers à Fianarantsoa, dans le centre du pays, vécue comme un véritable psychodrame dans la "grande famille".
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Mais seul le chef du convoi était au courant de la mission et il n'a informé les 24 autres, enfermés dans le camion bâché, que quelques minutes avant d'arriver à Fianarantsoa, selon des sources concordantes et le témoignage d'un rescapé.

"C'est un assassinat", lance à l'AFP le général Bruno Rajaonson, premier adjoint au chef d'état-major et numéro 2 de l'armée "légaliste".
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Ce drame est révélateur de l'état de l'armée, tiraillée entre différents centres de commandement et de décision.

Le général Rajaonson assure que l'ordre d'envoyer les élèves-officiers à Fianarantsoa n'émanait pas de l'état-major général des armées mais de l'état-major des forces mixtes (militaires, gendarmes, policiers), qui dépend du Premier ministre de M. Ratsiraka.

L'armée est écartelée entre pas moins de quatre sources de commandement distinctes: les états-majors de M. Ravalomanana et de M. Ratsiraka, l'état-major des forces mixtes et les gouverneurs des cinq provinces.

"Ils ont été envoyés à la boucherie, on savait qu'il y avait des barrages pro-Ravalomanana sur la route", assure un officier supérieur sous couvert de l'anonymat.
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Mais même au sein des troupes légalistes, les événements de Fianarantsoa ont bouleversé la donne. Selon des sources concordantes au sein de l'armée, l'état-major de M. Ratsiraka cherche depuis vendredi à recruter 160 militaires à Antananarivo pour renforcer la défense du palais de Fianarantsoa. "Presque tout le monde refuse et les actes de désobéissance se multiplient", assure un général à l'AFP.
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B bis - Mon commentaire :

a) - Je ne me rappelle plus du nom de l'artiste Malagasy qui chantait : " . . . ny olona letia tsy miverina amin'ny naloany â ! . . . ", ou encore quelque chose comme cela : " . . . ny alika ihany letia no miverina amin'ny naloany â ! . . . "

b) - Je crois que ce général devrait méditer cela. C'est la population qui " a vomi le système Ratsiraka ". A partir de là que vaudrait une loyauté à un " régime vomi par la population " dans ces conditions ?

c) - La position et le comportement des gens de Fianara (civiles et militaires) corroborent le fait qu'ils ont voté passivement pour MR, et prouverait le désinformation de DR comme quoi : toute cette histoire, c'est juste un problème de Tanà (je veux bien, mais comment depuis Tanà uniquement MR aurait atteint plus de 50% du suffrage exprimé lors de cette élection - de la part de DR, cela ne m'étonne pas) ;

Le plus intelligent de cette histoire, peut-être, c'est Tantely ! Enfin, c'est ce qu'il pense ! Mais c'est le contraire de ce que je voudrais montrer ici :
- Premièrement, il a court-circuité l'état major qui soit disant " loyal à son gouvernement légal " (ici, Tantely se paie la tête du général Rajaoson), en donnant l'ordre d'envoyer des jeunes gendarmes à Fianara, alors que le " Andrimasom-pokonolona " (et non des mercenaires. Allons ! Allons ! un peu de respect à ces volontaires issus des fokonolona - je précise, en passant, que je suis de Fianara), associé à la police et à l'armée de Fianara assuraient le filtrage, à l'entrée de la ville ; - Les gens de Fianara n'oublieront pas ce " fait ", lorsqu'il viendrait là-bas ultérieurement ;
- Deuxièmement, Tantely se croit vraiment dans la " raison ", plutôt dans " sa raison ", lorsqu'il a fait de la " désinformation " la semaine dernière, en arrivant à Ambositra, en osant dire, et en faisant dire par l'AFP que " c'est un camion qui a fait écrouler le pont de Ifatihita ". Et puis quoi encore ? Et pour tous les ponts qui ont sauté dans le pays alors ? je ne sais pas, mais je crois qu'il se paie vraiment de la tête des gens d'Ambositra qui sont proches de ce pont, donc proches de la réalité !

Soromilanja

De la part d'Andrianjaka (30/03/02)

Itinéraire du créateur d'un PPTE (pays pauvre très endetté)

Issu d'une famille dévouée au colonialisme français, Didier Ratsiraka, complexé certainement par cette réalité, n'a cessé de camoufler cette image désastreuse et honteuse de son origine politique. Lors de son discours de voeux au mois de janvier 2001, Ratsiraka, a voulu réécrire l'histoire à sa façon. Il avait déployé beaucoup d'effort pour passer pour un patriote. Aujourd'hui il est totalement démasqué. Il est nécessaire que la vérité soit restaurée.

Plusieurs articles parus dans Madagascar Tribune de cette époque, et en particulier à la Une du samedi 13 janvier 2001, donnaient des informations inédites sur les véritables raisons qui ont poussé Didier Ratsiraka à "renier sa francophobie" du début de sa carrière politique pour montrer au grand jour sa "francophilie dégoulinante" (cf. Madagascar Tribune même date). Des "informations importantes" avaient été révélées par Ratsiraka lui-même lors de ce discours de présentation de voeux. Elles apportaient un éclairage nouveau sur les débuts politiques de cet homme. Si pendant des années beaucoup ont été trompés, désormais nous voilà tous informés.

L'homme affirmait qu'il "n'avait adhéré au mouvement patriotique de 1972 qu'à contrecour". Il n'a donc jamais été ni anti-néocolonialiste ni anti-impérialiste. Chasser l'armée française, c'était contre son gré. Sortir le pays de la zone franc, c'était contre son gré. La politique dite "tiers-mondiste", c'était contre son gré. Les nationalisations, c'étaient contre son gré. Mais pourquoi avait-il alors suivi cette ligne dans les années 70 et 80? Les raisons, c'est encore Ratsiraka lui-même qui les avait données.

Un sentiment anti-français très puissant régnait à Madagascar depuis toujours et jusque sous la 1ère République. Le régime néo-colonial de Tsiranana avait été renversé par le peuple malgache en 1972. La France devait trouver très vite des hommes nouveaux, du même sérail, pour détourner cette idéologie ambiante "anti-française". Ratsiraka avait affirmé que "la France était derrière ce qui se tramait entre 1972 et 75". Il était très bien placé pour le dire. Il était de ceux que la France avait appelés pour la relève. Ceux qui étaient restés fidèles à la France, les PADESM de la 2ème génération devaient entrer en lice. Nous connaissons la suite, c'était le début de la deuxième République.

A plusieurs reprises, Ratsiraka s'enorgueillit de n'avoir jamais participé à aucune manifestation populaire pour cause de légalisme. C'est normal, il n'a pas la culture patriotique des Ho Chi Minh, des Ben Bella, des Lumumba, des Ravoahangy, Raseta, Monja Jaona, des patriotes Mena Lamba, VVS, MDRM, des paysans antandroy en 71, des étudiants de 72, des simples manifestants de 91. Ceux-ci ont osé renverser des gouvernements anti- populaires. Lui, il était de l'autre coté de la barrière, il était du coté de la répression, du coté de ceux qui ont tué et fait tuer les patriotes malgaches depuis toujours.

Aujourd'hui, au service de ses amis français, ceux qui veulent garder Madagascar encore sous leur domination, il divise le pays et applique la même politique que Gallieni. Il tue des patriotes malgaches comme l'armée française en 1947, comme Baron, Ravahatra ou Ratsiraka Albert, son père. Il vole et spolie sans vergogne les richesses du pays, comme la France coloniale et post coloniale, etc.

Pour tout cela, pour tous les méfaits qu'il a accomplis dans ce pays, pour les morts actuels et passés, pour haute trahison envers le peuple et la nation malgache. Ratsiraka mérite d'être destitué de tout titre et grade. Ses cinq étoiles d'amiral sans flotte, il les a obtenues pour cause de collaboration et non par mérite. Il doit être mis en accusation, il ne mérite pas, lui et toute sa clique, d'être jugé par une HAUTE COUR DE JUSTICE -qu'il n'a d'ailleurs jamais mise en place- réservée aux hommes d'Etat d'un pays, mais par une simple cour criminelle. D'aucuns prétendent que c'est un chef de guerre, c'est faux, c'est trop d'honneur pour lui. Ce n'est qu'un simple chef de bande, un "dahalo" enragé et armé donc dangereux. Les autorités actuelles doivent dresser IMMEDIATEMENT l'acte d'accusation et arrêter cette bande armée pour ramener rapidement la paix dans le pays.

29 mars 2002

Andrianjaka

 

De la part de Soromilanja (29/03/02)

A votre avis : Quelle est la différence entre 1 dictateur et 1 terroriste ???

Chers amis !

Tout le monde parle aujourd'hui de Négociation ! Mais quelle Négociation ?
En matière de légalité, il n'y a pas de différence entre un dictateur et un terroriste : tous deux connaissent bien la loi, et les textes de loi, mais tous deux s'assoient dessus, en abusent, et les détournent quand ils le veulent, et comme ils respirent.

Après lui, ce sera le déluge
Dans le cas de Mad/car, c'était prévu dans les calculs de Ratsiraka qu'après lui : Après lui, ce sera le déluge. Sa ferveur pour les provinces autonomes n'a de fondement réels que pour asseoir un choix stratégique de "second best" : s'il n'est reconduit au pouvoir, il va provoquer la scission du pays, en disant que ce sont les provinces autonomes qui ne veulent plus de Tanà.
Les politiciens qui ne l'ont pas vu, seraient trop naïfs !


Ratsiraka ne partirait de son siège juste en rigolant
C'est sûr que vous allez me dire que c'est facile de dire cela aujourd'hui. Okay ! Mais réfléchissez bien, car : désormais que Ratsiraka ne partirait de son siège juste en rigolant.
Non ! Il va faire même des massacres.
Les barrages sont les premières étapes.
Les tueries, ce n'est pas nouveau, il en est déjà habitué : d'ailleurs même s'il ne l'a pas dit officiellement, il l'a sous-traitée à ses sbires, à commencer par les Monibou, Kotity, Bellone, etc...

Alors si aujourd'hui, il prévient tout le monde, c'est qu'il ne faut en douter :
(comme le dit le message ci-dessous)
http://www.panapress.com/paysindexlat.asp
" Madagascar Dernière mise à jour 28/03/2002 16:01:00
Madagascar : Didier Ratsiraka avertit qu'il pourrait user des armes
Saint-Denis, La Réunion (PANA) - Pour la première fois depuis le début de la crise politique à Madagascar, le président Didier Ratsiraka, a fait clairement allusion à l'éventualité, pour son camps, d'user des armes. 28/03/2002 "

Ratsiraka n'est plus raciste, ni plus tribaliste que vous, ni moi
Pour moi, Ratsiraka n'est plus raciste, ni plus tribaliste que vous, ni moi.
Pour exemple, vérifier tous les gens qui ont collaborer avec lui ces 20 à 25 dernières années, pour mettre en place cette corruption généralisée, et en jouir : vous allez voir qu'il a travaillé avec des gens de toutes le tribus, et même actuellement son actuel 1er ministre Tantely, est Betsileo ;
Même, dans vie privée, sa fille ,Sophie, a épousé un Merina, " valovotaka de Fianara " !
Quand c'est pour son bien, il n'est pas tribaliste !

Dès qu'on s'attaque à ses "supposés" biens, …, tout d'un coup il est tribaliste
Mais dès qu'on s'attaque à ses "supposés" biens, ou à ses "politic business", à ses privilèges, tout d'un coup il est tribaliste. Il utilise le tribalisme pour diviser les malgaches, comme ont fait les français depuis, un peu partout en Afrique, et dans les colonies.
Tout le monde sait que Mad/car a 6 provinces, et 18 tribus (corrigez-moi, si je me trompe). Mais depuis les Malgaches ont su vivre dans se tuer parce qu'un tel est d'une tribu, et qu'un autre d'une autre tribu. Cela est une réalité historique. C'est notre histoire. Mais chacun a sa propre sensibilité

En France, on dit souvent qu'on négocie pas avec un terroriste !
D'ailleurs, c'est bizarre que c'est le mec qui a coupé tous les accords de coopérations avec la "mère patrie", qui utilise aujourd'hui les mêmes arguments aujourd'hui (utilisés les colons, et les néo-colons), pour diviser les malgaches, et rester au pouvoir, à la suite de "bain de sang".
Et c'est ce même mec qui est soutenu par cette puissance "néo-coloniale" qu'est la France. Bizarre ! non ?
En France, on dit souvent qu'on négocie pas avec un terroriste ! Mais peut-être avec des dictateur - en tout, cela se vérifie en Afrique, en tout cas.

En France on ne règle pas la vie des gens juste pour les beaux yeux du monde.
Alors si la population pense faire quelque chose juste pour les beaux yeux des français et du monde entier, alors elle se trompe de lutte. Même, en France on ne règle pas la vie des gens juste pour les beaux yeux du monde.

Ne soyons pas dupes ! Soyons vigilants !
De toute façon une lutte ne dure pas 1, 2 mois, ni un mandat. 25 ans de corruption généralisée ne sera pas déblayée aujourd'hui, ni dans un futur proche.

Donc armons-nous de courage, et de ténacité
Donc armons-nous de courage, et de ténacité ! Car en face, il ne va non plus rigoler : ces histoires de négociation, c'est uniquement pour " entuber " les gens. Si vous ne me croyez pas, alors essayez de négocier : je vous assure que ses exigences vont être dynamiques, c'est à dire qu'elles vont changer tous les jours.

La population n'a pas donné un "blanc seing", ni "un chèque en blanc"
Pour moi, c'est la population qui ne veut plus de cette corruption généralisée. Elle sait ce qu'elle veut. Elle l'a traduite dans leur vote, même si Ratsiraka a truandé leur vote.
Je crois que la population n'a pas donné un "blanc seing", ni "un chèque en blanc", à qui que ce soit pour négocier quoi que ce soit, lorsqu'elle a voté le 16/12/2002.
Alors respectons là, et respectons leur vote, leur voix !

C'est juste un avis !

Qu'en pensez-vous ?

RANAKANDRIANTSOA Soromilanja !

De la part de Mino RATOVONDRAHONA (21/03/02)

Article signé par Didier SAMSON

Amnistier les dictateurs: Alpha Condé lance le débat

Alpha Condé, président du Rassemblement du peuple de Guinée, parti d'opposition avait déclaré sur nos antennes, début mars, qu'il serait souhaitable, pour le renouvellement du personnel politique à la tête des Etats africains, qu'une amnistie totale soit accordée aux chefs d'Etat.

La démocratie frappe aux portes de la politique dans les pays africains, mais rares sont ceux qui ont accepté de s'ouvrir entièrement à ce jeu. Il y a forcément un prix à payer, puisque l'Afrique ne s'est ouverte au multipartisme et à la démocratie que vers la fin des années 80. Les régimes totalitaires ont marqué son histoire, avec tout ce que cela comporter de privation des libertés et de confusion des pouvoirs. Les présidents incarnant ce pouvoir fort peuvent être et sont tenus responsables de toutes les dérives de l'appareil d'Etat. Mais avec les avancées démocratiques, la jeune génération de politiciens africains a souvent agité le drapeau de la punition et des sanctions contre tous les "fautifs". Le Slogan dans tous les meetings et programmes de la "nouvelle gouvernance" est de "faire rendre gorge" aux anciens présidents.

Face à cette fin qui leur est annoncée, le réflexe est de tout faire pour se maintenir au pouvoir jusqu'à ce que mort s'en suive. Après moi le déluge ! Ce constat fait, Alpha Condé a émis l'idée d'une amnistie qui a déjà fait ses preuves. Plusieurs exemples en Afrique ont montré qu'un coup d'éponge valait mieux, dans certains cas, qu'un procès forcément assimilé à la vengeance. Dans les dictatures, le pire est souvent atteint par les régimes et aucune sanction ne peut être à la hauteur des forfaits. En Afrique du sud, à la chute du régime d'apartheid, les nouveaux dirigeants ont eu la sagesse de croire qu'aucune vengeance ne pourrait panser les plaies des populations noires meurtries. Il ne fallait pas en rajouter au clivage déjà exacerbé. Mais en même temps un procès "en responsabilités" était nécessaire pour redonner au droit ses prérogatives. C'est pourquoi "la commission vérité et réconciliation" a été mise sur pied, mais plus pour expier les horreurs que pour frapper les responsables.

L'ancien président sud-africain, Frederik De Klerk, et ses prédécesseurs qui assumaient la responsabilité politique de l'apartheid, ont bénéficié d'une grâce des nouveaux dirigeants. Nelson Mandela et son équipe voulaient garantir la paix en créant dans ce pays multiracial une cohésion sociale. En 1993, Frederik De Klerk, devenu vice-président de son pays reçoit même en partage avec le président Nelson Mandela, le prix Nobel de la paix. Un autre exemple est celui du Bénin, où une conférence nationale adopte en 1989 une amnistie totale en faveur du général Mathieu Kérékou pour les dix-sept années de dictature qu'il a exercée à la tête de l'Etat. On sait aujourd'hui que ces conditions étaient un préalable à l'abandon du pouvoir, que les "démocrates épris de justice" ont dû accepter.

Punir ou gracier
Ailleurs en Afrique, le sort des anciens dirigeants a connu des fortunes diverses. Au début des années 80 au Ghana, le capitaine Jerry John Rawlings, qui a pris le pouvoir par les armes avait fait fusiller d'anciens dignitaires, ministres et présidents de "l'ancien régime", avant d'ouvrir son pays à la démocratie en 1992. Au Mali, le général-président Moussa Traoré, destitué et emprisonné en 1991, a été jugé et plusieurs fois condamné à mort. Mais en 1999, le président Alpha Oumar Konaré a commué cette peine en détention à perpétuité. L'ex-dictateur, de sa prison à faire savoir qu'il n'accepterait pas une grâce présidentielle comme le bruit a couru à Bamako, lors du quarantième anniversaire de l'indépendance (septembre 2000) du Mali. Dans ces deux cas, la prise du pouvoir par une nouvelle équipe était animée par l'idée de solder un passé. Il n'y a pas eu de passation de pouvoir ponctuant une élection libre. Au Zaïre, le maréchal-président Mobutu, malade et affaibli, n'a pas renoncé au pouvoir mais a dû fuir son pays devant l'avancée de la rébellion armée. La guerre civile aujourd'hui est une résultante de cette époque.

De nombreux observateurs politiques disent aujourd'hui, comme Alpha Condé, que la peur de devoir rendre compte, pousse nombre de dirigeants africains à "s'accrocher" au pouvoir. Au Zimbabwe, Robert Mugabe a certainement peur de répondre, le jour où il ne bénéficierait plus de l'immunité présidentielle, des massacres organisés par ses partisans dans le Matabeleland en 1980. Menghistu Haïlé Mariam, ex-président dictateur en Ethiopie, réfugié aujourd'hui au Zimbabwe, est poursuivit dans son pays pour y avoir orchestré "la terreur rouge" qui fit des centaines de morts dans les années 80. Par ailleurs, d'autres chefs d'Etat en exercice, au pouvoir depuis plusieurs décennies et aux prises avec des oppositions virulentes craignent aussi pour leur avenir. Rester donc au pouvoir par tous les moyens leur permet d'éviter un sort à la Milosevic.

Pourquoi donc ne pas leur garder l'honneur sauf, mais en encadrant sévèrement les dispositions, pour que l'impunité ne devienne pas non plus en Afrique le prétexte à maintenir la paix civile dans un pays ? De nombreux universitaires africains ne trouvent pas l'idée saugrenue, mais les décisions ne peuvent être prises qu'au cas par cas et par une volonté affichée des oppositions.

DIDIER SAMSON