"LA FORMATION DES ENSEIGNANTS DANS LES ENSEIGNEMENTS,
PUBLIC ET PRIVE."
(publié par Tafatafa.eu.org en février 2004)
Sous le protectorat français, à la fin du 19e siècle,
l’enseignement dans les quelques écoles officielles était
assuré par les anciens élèves issus des écoles
confessionnelles.
Le premier établissement de formation à l’enseignement
a été créé en 1897, à Antananarivo.
Les professeurs étaient des enseignants français et les
étudiants étaient formés pour l’enseignement
primaire. Devenus instituteurs, ils bénéficiaient d’une
formation pour devenir professeurs assistants et même inspecteurs
adjoints, selon leur capacité personnelle. Dès la moitié
du 20e siècle, cette formation a été décentralisée
pour former les enseignants primaires dans l’ensemble du pays. Des
Ecoles Normales d’Instituteurs et d’Institutrices recrutent
leurs étudiants au niveau du brevet élémentaire,
à la fin de la scolarité obligatoire. Les cours sont dispensés
par des professeurs français qui amènent les futurs enseignants
à un baccalauréat pédagogique complété
par une année de stage et une inspection favorable qui constituent
les épreuves pratiques en vue de l’obtention du certificat
d’Aptitude Pédagogique.
Ce système de formation a duré jusqu’en 1972.
Le niveau de formation, dès 1975, suite à l’introduction
généralisée du malgache pour toute la scolarité
obligatoire et de la décentralisation de l’enseignement (une
école primaire par commune, une école secondaire par comté
et un lycée par préfecture), est des plus divers, tantôt
bac+2, tantôt bac+1, parfois même le bac en enseignement et
quelques mois de stage avant la titularisation à la tête
d’une classe primaire. Le manque d’enseignants est tel que
le recrutement et la formation s’adaptent aux lois du marché.
Les enseignants les moins bien formés sont envoyés dans
les campagnes, alors que les enseignants diplômés sont recrutés
pour les écoles urbaines.
Dans le cycle secondaire du premier degré la situation est sensiblement
la même : des enseignants sont envoyés dans les classes en
fonction de leurs résultats aux épreuves du baccalauréat
ou selon leur ancienneté dans l’enseignement primaire, avec
un complément de formation d’une ou deux années.
Pour la formation des professeurs de lycée, une licence est exigée,
complétée par une année de formation pédagogique
à l’Ecole Normale Supérieure d’Antananarivo
ou par la formation professionnelle offerte par la Faculté des
lettres de l’Université de la capitale Antananarivo.
LA FORMATION DES ENSEIGNANTS DANS L’ENSEIGNEMENT PRIVE :
Un exemple : l’Ecole Supérieure Spécialisée
de Vakinankaratra
L’Ecole Supérieure Spécialisée de Vakinankaratra
(ESSVA) est une école technique du type Haute Ecole Spécialisée
(BAC+3) Elle regroupe actuellement quatre filières de formation
(écotourisme et hôtellerie, gestion-management, communication
et sciences et technique de l’éducation) et est située
à Antsirabe, sur les Haut Plateaux malgaches. Sa filière
pédagogique (Sciences et Techniques de l’Education) a été
inaugurée en 2001 et a pour but de former des instituteurs et des
institutrices pour l’enseignement primaire et des professeurs pour
l’enseignement secondaire du premier degré.
L’ESSVA est une école confessionnelle créée
par l’évêché en collaboration avec des partenaires
suisses (la Fondation Avenir-Madagascar et Nouvelle Planète) Elle
regroupe près de 400 étudiantes et étudiants, dont
plus de 40% de religion réformée ainsi que quelques anglicans
et musulmans. Elle draine des étudiants de toute la région
des Hautes Terres et même au-delà.
Pour sa filière Sciences et Techniques de l’Education, les
objectifs sont définis dans son plan d’études dans
les termes suivants :
- former un individu autonome, un citoyen responsable pétri des
valeurs culturelles et spirituelles
- former des maîtres pour l’enseignement primaire et des
professeurs pour l’enseignement secondaire, soucieux du caractère
chrétien de l’établissement, selon le cursus de BAC+3
et de BAC+4
- former des maîtres capables d’intégrer enracinement
et ouverture dans son enseignement
- dispenser un enseignement de niveau académique, professionnel
et religieux permettant au nouveau type de maîtres et professeurs
formés, non seulement d’être un technicien de niveau
supérieur, mais aussi d’être un concepteur capable
d’une évolution permanente, en fonction des contextes psychologique,
social, environnemental et chrétien
- dispenser une formation transdisciplinaire permettant à l’enseignant
d’apprendre à apprendre.
Pour la formation des instituteurs et institutrices, un enseignement
académique est dispensé dans toutes les matières
courantes. Il est doublé d’une initiation à la didactique.
Le niveau visé est de type universitaire du premier cycle. La troisième
année est consacrée à la didactique des disciplines
requises pour l’enseignement primaire.
Durant les vacances académiques, les étudiants fréquentent
des classes d’écoles privées où ils effectuent
des stages de deux à trois mois. Le suivi, l’accompagnement
et l’évaluation des stagiaires sont actuellement en construction
et nécessiteront, à court terme, une stabilisation dans
un cadre clair. Aucune demande particulière n’est faite aux
maîtres de terrain dont on attend, pour l’heure, simplement
le partage de leurs compétences et de leur classe.
Il est à relever que la filière pédagogique compte
aujourd’hui deux classes d’une vingtaine d’étudiants
chacune, en grande majorité de femmes, contre des classes de plus
de quarante étudiants dans les autres filières. Cela s’explique
par le peu d’attrait que l’enseignement exerce encore aujourd’hui
sur les jeunes, qui voient dans les autres formations la possibilité
de trouver rapidement des débouchés locaux leur permettant
de vivre confortablement, ce que n’assure pas encore l’enseignement.
Au plan théorique, la formation est assurée par des formateurs
malgaches bien formés, issus des universités de Madagascar
ou d’Europe, travaillant pour la plupart dans deux ou trois établissements,
sur place ou à Antananarivo. Le grand problème qu’ils
rencontrent actuellement est le manque de moyens pédagogiques pour
l’enseignement, le manque d’ouvrages théoriques et
un accès limité à Internet pour le renouvellement
de leurs connaissances dans leur formation continue.
UN PROJET : LE PARTENARIAT :
Dans le cadre du partenariat envisagé entre l’ESSVA et la
HEP-BEJUNE, il est prévu des échanges réguliers entre
les formateurs des deux institutions, par des rencontres directes et par
l’intermédiaire d’Internet. Ces échanges devraient,
d’une part permettre aux enseignants de l’ESSVA et de la HEP
de mieux comprendre les enjeux de l’éducation dans des pays
développés ou en développement, d’interroger
leurs propres pratiques et de confronter leur vision de la formation des
enseignants ici avec un ailleurs et d’autre part, de permettre à
des collègues malgaches de construire leur perfectionnement personnel
en fonction de leurs besoins propres et individuels.
L’échange d’enseignants entre le Nord et le Sud pour
des périodes de plusieurs mois devrait ancrer ce partenariat dans
la durée et permettre, à moyen terme, l’accueil d’étudiants
pour des modules de formation dans l’une ou l’autre institution.
Toutefois, cette phase du projet ne pourra se développer que dans
la mesure où le premier volet de partenariat sera bien stabilisé.
ENSEIGNEMENT PUBLIC ET PRIVE : UNE SITUATION PROVISOIRE.
La situation actuelle de Madagascar au plan de l’éducation
est essentiellement dépendante de l’enseignement privé
et confessionnel. Cette situation est parfaitement compréhensible
si l’on observe les priorités en matière de développement
émises par le gouvernement. La diversité et l’ampleur
des problèmes à surmonter sont tels qu’il n’est
pas envisageable, aujourd’hui de se passer d’un enseignement
privé présent sur tout le territoire malgache. Cependant,
le développement durable de l’île passera par un développement
important de l’enseignement public qui réponde mieux aux
principes et valeurs défendues par l’Etat. Pour ce faire,
une réflexion en profondeur du système malgache paraît
indispensable. En effet, il semble essentiel que l’Etat, par son
ministère de l’éducation nationale repense un enseignement
malgache équilibré qui fasse, durant toute la scolarité
obligatoire une place importante à la langue et à la culture
malgache.
Constatation sur le terrain, tant en ville que dans les campagnes, on
se rend directement compte des difficultés rencontrées par
les usagers de l’école, enfants ou adultes, qui, pour bon
nombre d’entre eux, restent illettrés malgré la fréquentation
du système scolaire durant plusieurs années. Une des raisons
principales, est le système d’enseignement bilingue successif
qui est imposé par l’école. Durant les trois premières
années, les écoliers vivent un enseignement exclusivement
en malgache et basculent, dès la quatrième année,
dans un enseignement essentiellement en français, jusqu’à
la fin des études supérieures. Dès lors, de nombreux
enfants des campagnes quittent l’école après trois,
quatre ou cinq années pour retourner aux travaux des champs, sans
avoir pu développer et stabiliser une langue malgache orale et
écrite et sans avoir pu acquérir des compétences
suffisantes en français. Rapidement, ces anciens élèves
viennent grossir le nombre d’illettrés et renforcent le taux
d’analphabétisme à Madagascar, qui selon les déclarations
officielles se monterait à plus de cinquante pour-cent de la population,
voire à plus de soixante dix pour-cent, selon les enseignants dans
le terrain. Le taux d’analphabétisme n’est pas réparti
de façon homogène sur l’ensemble du territoire, loin
s’en faut, les campagnes et les côtes étant largement
défavorisées par rapport aux grandes villes et aux Hautes
Terres.
Par ailleurs, une revalorisation de la fonction enseignante par un renforcement
de la formation et une augmentation salariale pourrait être un facteur
déterminant pour le développement durable de l’île.
Dans un moyen terme, il semble important de trouver, entre le public
et le privé, un fonctionnement commun, contrôlé par
le ministère, assurant ainsi une formation scolaire homogène
dans l’ensemble de l’île, pour tous les élèves,
tant du public que du privé, tant de la ville que de la campagne.
Toutefois, pour l’instant, il est inimaginable que l’Etat
malgache puisse se passer du secteur d’enseignement privé,
essentiellement financé par des fonds étrangers et assurant
la formation de millions d’enfants. Il n’est pas interdit
de penser que l’Etat devra, dans le long terme, assumer seul et
directement la formation de sa jeunesse, en toute indépendance
et dans le respect des valeurs propres au peuple malgache.
Février 2004. Rakotozafy.
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