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"LA SITUATION DU FMG AU MOIS DE MARS 2004."
(publié par Tafatafa.eu.org en avril 2004)

Avant propos

La présente publication est une reprise de deux posts envoyés sur le Forum international de Tafatafa. Elle a été remanié, notamment pour la rendre compatible avec le cadre plus formel et moins polémique de la rubrique publication. Mais l’aspect général du texte garde son caractère de point de vue pour un forum de discussion et concernant un problème d’actualité. Cependant, pour corriger cet aspect, y a été ajouté des dates pour que le texte puisse un tant soit peu dépasser l’actualité du jour. En outre, des éléments d’analyse ont été ajoutés et qui ne figurent pas dans le post initial du forum.

La situation du Franc Malgache – FMG - durant le mois de Mars 2004 résulte en grande partie d’une situation conjoncturelle. Mais elle risque de perdurer si la situation de notre commerce extérieur ne se redresse pas.

La situation conjoncturelle est à l’origine de la dépréciation du FMG

Durant l’année 2003, le gouvernement a mis en place une réforme du Marché Interbancaire de Devise – MID -. Cette réforme avait pour objectif de permettre à l’économie nationale d’avoir un taux de change qui reflète la réalité de la monnaie malgache vis à vis des grandes monnaies mondiales. Notamment et surtout l’Euro. En d’autres termes, il s’agit de permettre au Marché – au sens du restrictif du MID- de fixer le niveau du taux de change. L’ouverture de ce MID rénové devait avoir lieu en Décembre 2003 et elle a eu lieu en Mars 2004.

Dans ce nouveau système, la Banque Centrale de Madagascar –BCM- assumera la politique de change malgache. Concrètement, la BCM n’interviendra que pour :

- éviter les oscillations trop brutales des cours,
maintenir le montant d’avoir extérieur du pays à un niveau conforme aux objectifs des différents programmes en cours dont celui de FRPC (Accord de prêt du FMI),
- soutenir les demandes de devise des autorités, notamment pour payer le service de la dette extérieure.

Désormais, en conséquence, la monnaie malgache a un niveau proche de taux d’équilibre réel et reflète la performance de l’économie nationale.

Cette réforme est intervenue dans le contexte d’un déficit imprévu de la balance commerciale.

Le contexte de cette réforme est un déficit de la balance commerciale ou, pour être plus précis, de la balance courante. Ce déficit résulte, globalement, d’un effet de ciseau entre d’une part une faiblesse imprévue du redressement des zones franches et de l’exportation de coton. Et, d’autre part, un rebond important des importations auquel s'ajoute un déblocage des fonds des bailleurs de fond moins fluide par rapport au calendrier initial.

Durant l’année 2003 , le déficit courant extérieur était proche de 200 Millions de dollar, l’objectif fixé ayant été en début d’année de l’ordre de 180 millions de dollar.

Durant cette année, en conséquence, on a connu un dépréciation du Franc malgache de 11% en moyenne. Ce pourcentage devant tenir compte à la fois de l’appréciation de l’Euro mais aussi du rééquilibrage du FMG par rapport à la surévaluation de l’année de crise politique de 2002 durant laquelle le MID n’était pas totalement opérationnel.

C’est donc dans ce contexte de dépréciation du taux de change qu’est intervenu la réforme de la politique de change du pays. Et cela ait eu un effet amplificateur, la Banque Centrale n’étant plus intervenu en soutien de cours sur le MID.

Dans ce contexte général, l’Euro est une valeur refuge

En effet, selon le Ministre de l’Economie, dans une conférence de presse en date du 02 Avril 2004, les avoirs en devise des résidents déposés auprès des banques commerciales ont augmenté de 23%. D’autre part, les rapatriements des devises sont gérés de façon très stricts par les chefs d’entreprises qui attendent la limite maximale des délais autorisés par la Loi pour convertir leur devise en FMG. Un tel comportement touche 50% des agents économiques concernés et c’est une tendance haussière.

Selon le Ministre un tel comportement dénoterait « une volonté sournoise de saper l'équilibre transactionnelle à Madagascar ».

Mais on peut dire aussi que l’Euro est devenu une valeur refuge. La monnaie a pour fonction, entre autres, de permettre l’Epargne - de thésauriser-. Dans le cas présent, l’Euro joue cette fonction au détriment du FMG. Les agents économiques, en l’occurrence, et dans le cas présent, les expatriés résidants à Madagascar et les entreprises des zones franches, qui ont de l’épargne en Euro préfèrent garder cet Euro car ils anticipent une dépréciation du FMG. Un tel comportement est habituel mais il intervient, dans le cadre d’un MID rénové et qui désormais « dit la vérité » sur les performances économiques du pays. La Banque Centrale n’étant d’aucun secours pour le Gouvernement, le Marché indique sans scorie la réalité des choses.

La situation actuelle résulte d’une crise de confiance conjoncturelle

Madagascar fonctionne, en grande partie, à l’instar des autres économies libérales, sur la notion de confiance. Or, sur un plan conjoncturel, il semblerait que la confiance en la politique économique du Gouvernement reste faible. C’est un constat que le Gouvernement fait en filigrane quand il a «stigmatisé la volonté sournoise de médire sur les performances économiques de l'équipe gouvernementale ».

Néanmoins, il faut signaler que les intervenants sur le MID sont des opérateurs économiques importants. En effet, les montants échangés quotidiennement sur ce Marché sont de l’ordre du Million d’Euro. Les grands acteurs dans le débat actuel sur le taux de change sont, en conséquence et mis à part l’Etat, des hommes d’affaire avertis. Et leurs appréciations de la situation économique ne se basent pas sur des médisances sournoises mais sur des analyses qu’ils obtiennent à partir des grands organismes internationaux, publics ou privés. Or, l’appréciation de ces organismes sur les performances de l’Equipe en place est « mixed » pour reprendre le terme de l’un d’entre eux dans un rapport public.

On peut dire, en conséquence, que la crise de confiance que le Gouvernement connaît actuellement, influe défavorablement sur l’évolution conjoncturelle du MID

Mais, elle peut perdurer si les facteurs réels de l’économie ne se redressent pas.

Si l’abandon progressif de la politique de détaxation, décidée par le Président de la République en Juillet 2003, va restreindre la hausse des importations, d’une manière générale, la politique du Gouvernement reste la libéralisation du commerce extérieur de Madagascar. Cette libéralisation va permettre une hausse de l’importation.

En contrepartie, Madagascar va faire face aux décisions du cycle de Doha de 2004 - Cycle de Négociation Commerciale organisé dans le cadre de l'OMC- qui va restreindre les facilités accordées par les Accords de Cotonou pour les exportations vers l’Union Européenne et par celles de l’AGOA en direction des Etats-Unis. S’y ajoutera la concurrence des pays du COMESA, organisation dont Madagascar est obligatoirement - en fin de compte (cela s'entend)- membre au regard du Traité de l’OMC.

En conséquence, la pression concurrentielle sur les exportations malgaches va s’accroître. C’est le cas notamment des zones franches mais aussi des autres secteurs où le pays est, pour l’instant, moins compétitif par rapport à ses voisins du COMESA.

 

En conclusion, la vérité sur les taux de change oblige le pays à des efforts strucuturels importants pour limiter, voire renverser durablement, la tendance à la dépréciation de la monnaie nationale. En outre, il exige une plus grande vigilance de la part du Gouvernement quant aux fondamentaux dont le niveau de l’inflation.

Comme prévu le Vice-Premier Ministre et le Ministre de l’Economie ont fait une conférence de presse conjointe ce jour pour expliquer à l’opinion publique la situation du franc malgache – FMG-. Il en résulte que l’Euro est actuellement une valeur refuge et que, d’autre part, la confiance en la politique économique du Gouvernement reste faible.

Au final, en l’absence d’un redressement réel de la situation, en dehors des incantations et/ou imprécations verbales, la situation perdurera.

Avril 2004. Razafy2.