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"Quelle éducation, quelle instruction et pour quoi ? Analyse et propositions."
(publié par Tafatafa.eu.org en juin 2004)

 

Un sujet intitulé "Quels politiciens pour quelle politique" traité sur le forum de Tafatafa a mis au jour quelques éléments. Citons par exemple l’absence de personnalité charismatique, d’un grand homme (ou d’une grande Dame) dans l’histoire politique Malgache. Cette absence peut être interprétée comme le reflet d’un manque de culture politique tant au niveau de la population qu’au niveau du pays même.
J’entends par "manque de culture politique" : manque d’intérêt et de connaissances, manque de mouvement politique durable, manque de base solide de militants, manque d’action sur la durée, manque de stratégie à long terme, manque de ligne idéologique de conviction.
Ce manque de culture politique n’est pas insignifiant et est dommageable pour le pays. En effet, aucune démocratie solide n’est envisageable sans culture politique. Et sans démocratie solide, on ne peut construire un avenir sérieux et meilleur pour le pays et pour la population. C’est pourquoi, au-delà des besoins économiques flagrants, je souhaite aussi attirer l’attention sur les besoins politiques de Madagascar.

Néanmoins, mon propos ici ne concernera pas directement la culture politique mais deux des moyens qui contribuent à l’acquisition de ce que l’on nomme "culture" : l’éducation et l'instruction.

Qu’est-ce que l’éducation ?

Définir le terme "éducation" est loin d’être aisé et il me semble qu’il est plus adéquat d’en approcher les contours plutôt que d’en attribuer une définition.
Je dirai donc que l’éducation ressemble à un ensemble d’actions qui ont pour objectif d’assurer la formation et le développement d’une personne ou d’un groupe selon des modalités connues d’avance. La formation et le développement incluent les connaissances intellectuelles et pratiques, les acquis moraux, les pratiques de bons usages et le savoir-faire reconnus dans la société dont fait partie l’individu ou le groupe.
Ces quelques phrases permettent à mon sens de définir de façon imparfaite et incomplète les contours de ce qu’est l’éducation.

Eduquer est donc avant tout une action. Une action qui tend vers un objectif. Cet objectif est communément désigné par "objectif éducatif". Que l’éducation s’effectue dans une société hyperindustrialisée ou dans une société hyper ruralisée, elle reste toujours une action qui tend vers un objectif fixé par celles et ceux qui la mettent en œuvre.

Quelle éducation pour les jeunes Malgaches ?

Question vaste et complexe. En effet, de quels jeunes parlent-on ? Des jeunes urbains ou des jeunes ruraux ? Des jeunes de 15 ans ou des jeunes de 20 ans ?
Je tenterai ici d’apporter seulement quelques éléments de réponse.

Deux niveaux apparaissent d’emblée, me semble-t-il, dans l’éducation des jeunes Malgaches :
Le premier correspond à l’éducation qui permettra aux jeunes de se mouvoir et de s’intégrer personnellement et professionnellement à Madagascar. Le second niveau relève des besoins qu’exigent la globalisation et la mondialisation des échanges.

Concernant le premier niveau, on peut avancer qu’une éducation mêlant les règles de savoir vivre et un diplôme de BEPC pourraient suffire pour évoluer dans Madagascar. Certes un diplôme de BEPC (fin classe de 3eme) ne garantit pas un emploi mais dans un pays où la grande majorité de la population est rurale et peu instruite, ce niveau de diplôme pourrait constituer une sorte de "niveau minimal souhaité d’instruction". Pour appliquer cette proposition au découpage rural/urbain, on dira que ce niveau d’éducation (plus précisément d’instruction) est essentiellement valide dans les zones rurales. En revanche, dans les villes, un diplôme professionnel, un savoir-faire professionnel (manuel ou intellectuel) réel ou un diplôme d’études supérieures semble nécessaire.

Pour le second niveau, c’est-à-dire, les besoins exigés par la globalisation et la mondialisation des échanges, il faudra réajuster les moyens et reconsidérer les ambitions à la hausse.
La globalisation des échanges est une machine sans pitié car elle est la transposition basique de la loi de la nature : les grands mangent les petits, et les petits qui mangent plus sont plus forts que les petits qui mangent moins. Les petits sous la protection des grands survivent mieux que les petits sans protection. Et les grands qui arrivent à s’allier constituent un groupe redoutable.

Face à cette dure réalité, il s’agit alors de rendre les jeunes Malgaches le plus et le mieux armés possible. Parlons alors d’instruction.
Sachant que tous les jeunes Malgaches ne seront pas tous des cadres de haut niveau qui se confronteront directement aux réalités des échanges internationaux, il faudra cibler la politique d’instruction.
Je dirai alors que nous sommes en présence de deux niveaux : le "moyen" et le "haut".

Le "moyen"

Pour le niveau "moyen", il s’agit à mon sens d’élever le niveau de l’ensemble de la population notamment les moins instruits. Par exemple, faire en sorte qu’aucun jeune d’une génération ne sorte du système scolaire sans avoir atteint le niveau BEPC. Ce niveau d’instruction garantira ainsi un niveau minimal d’éducation.
Parallèlement, faire en sorte que les formations professionnalisées soient en phase avec les besoins nationaux et internationaux. De fait, les langues française et anglaise devraient être lues, comprises (ne serait-ce que de façon plus ou moins approximative) même si la maîtrise de ces langues ne saurait être exigée à ce niveau.

Objectif : augmenter le niveau de connaissance et compétence des futurs ouvriers, artisans et techniciens pour les rendre opérationnels sur le marché de travail actuel et futur. Cet objectif demande donc la formation de personnes capables de s’adapter et d’évoluer tant au niveau des connaissances que des compétences.

Le "haut"

La politique d’instruction qui vise le "haut" » correspond à la formation des cadres moyens et supérieurs. Ces cadres doivent impérativement posséder un niveau d’études correspondant, au minimum, à bac+3. Parallèlement, la formation des techniciens supérieurs, des ingénieurs, des futurs enseignants-chercheurs devrait être pensée selon le standard international.
Compte tenu du manque de professeurs possédant des connaissances et de compétences régulièrement actualisées pour "coller" de près à l’évolution scientifique au niveau mondial, Madagascar devrait favoriser et développer les échanges avec les établissements d’enseignements supérieurs des pays les plus avancés (en sciences dures, en sciences humaines et en technologie). Ces échanges permettront de bénéficier régulièrement, tout au long de l’année, des apports de connaissances issues des enseignants-chercheurs de ces établissements.
Je pense qu’après 3 ou 4 ans d’échanges réguliers et suivis, le paysage scientifique malgache évoluera positivement.
Cette politique d’échange ne marchera que s’il y a une volonté politique réelle et une mise en place de moyens humains et financiers dignes de ce nom. Pas de bricolage, pas d’à peu près mais tout rationaliser.

La mise en œuvre

La mise en œuvre d’une telle politique éducative exige beaucoup de moyens. Néanmoins, il me semble qu’il est possible de limiter les dépenses tout en faisant avancer le projet.

Trois pistes paraissent envisageables.

- Première piste :

Mise en place de partenariat actif et développé avec des établissements supérieurs étrangers. Ce genre de partenariat permet de faciliter le séjour d’un enseignant-chercheur étranger à Madagascar. Dans le cadre d’une mission, d’une recherche voire des vacances, l’enseignant-chercheur étranger délivrera quelques cours, participera à des séminaires et colloques dans son domaine de spécialité. Les différents partenaires étudieront les modalités pratiques dans le cadre de la mise en place du partenariat.

- Deuxième piste :

Favoriser et développer les transferts de connaissances. Le public visé sera de la diaspora et les amis de Madagascar. Il s’agit d’inciter les membres de la diaspora et les amis de Madagascar à passer quelques temps (un ou plusieurs mois) à Madagascar. A celles et ceux qui consacrent une partie de leur temps aux transferts de connaissances et de compétences, une contrepartie sera proposée (exemples : prise en charge d’une partie du voyage, prise en charge des frais de déplacement, prise en charge du gîte et du couvert).

- Troisième piste :

La troisième piste rejoint un peu la deuxième mais le public visé correspond ici aux personnes vivant à Madagascar et disposant de connaissances et d’expériences significatives dans leur métier. Il s’agit alors de les inciter à se rendre disponibles pour transmettre leur savoir et leur savoir-faire (intellectuel, manuel, etc.) régulièrement tout au long de l’année selon des modalités précises.

L’objectif de ces trois propositions est de limiter les dépenses faramineuses et la lourdeur pouvant découler de la mise en place complète, de A à Z, de nouvelles formations et de nouvelles structures imposantes. En outre, ces trois pistes offrent des garanties quant aux compétences de celles et ceux qui vont transmettre leurs connaissances. Enfin, les connaissances/compétences transmises seront probablement à jour et proches des réalités et besoins actuels.

Les citoyens proposent leurs idées mais les gouvernants, en qui les citoyens ont placé leur confiance, prennent les décisions. Espérons que nos gouvernants fassent de l’éducation de nos enfants et de nos jeunes une de leurs priorités absolues.

Lavabe.