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"QUI A PROFITE DU DEMARRAGE ECONOMIQUE DE MADAGASCAR DE 1993 JUSQU’EN 1999 ?"
(publié par Tafatafa.eu.org en décembre 2003)

On peut considérer qu’après l’ère des mouvements socio-politiques des années 1960 à 1972 et du régime socialiste de 1972 aux années 80 le vrai décollage économique de Madagascar commençait de 1993 à 1999. Pour les années 2000 et 2001 aucune étude fiable n’a été réalisée.
Je pense que la politique économique menée pendant les 20 ans, après les mouvements socio-politiques des années 60 explique que Madagascar figure actuellement parmi les pays les plus pauvres du monde.
Essayons d’analyser ces différentes étapes économiques depuis l’Indépendance, jusqu’en 1999 (je prends cette année car des études minutieuses y ont été réalisées) :

Données de base:

La population a été estimée à 14,6 millions d’individus en 1999, dont 77,8% résident en
milieu rural. La proportion d’hommes est de 49,5% contre 51,5% pour les femmes pour la même année. L’espérance de vie à la naissance d’un malgache est de 55,1 ans en 1999.
L'économie malgache a vécu au rythme des mouvements socio-politiques qui prévalaient
depuis l'indépendance. Les mesures économiques ont été teintées des idéologies qui prenaient successivement place au cours de chaque période de changements. L'empreinte de la France ex-pays colonisateur est largement restée visible. L'année 1960 a marqué l'histoire du pays par l'accès à l'indépendance. De 1960 à 1972, l'économie a connu une légère amélioration avec une hausse du PIB par tête variant de 0,8% à 1,6%.
Les changements de régime des années 70 ont eu plusieurs effets sur l'économie malgache. Dès 1974, Madagascar ne faisait plus partie des pays de la "zone franc". A partir de 1975 et suite à une consultation auprès de la population, le pays vivait sous le régime socialiste.
Conscient du faible niveau de croissance de l'économie et du taux d'investissement, l'Etat s'est engagé à effectuer une politique d'investissement à outrance à l’aide d’un financement par emprunts extérieurs. Dopé par ce flux d'entrée de devises, le PIB a connu un bond de 9,8% en 1979. Mais les conditions de réalisation de l'investissement étaient défavorables au développement du fait que ces investissements sont presque hautement capitalistique et à fort contenu d'importation. D’autant plus qu’à cette époque les cours des matières premières sur les marchés internationaux dont dépendait en grande la rentrée de devises de Madagascar ont connu une instabilité et affichait souvent une tendance à la baisse, défavorable non seulement pour le pays mais aussi pour les paysans malgaches. A cela s’ajoutent les effets négatifs des services de la dette liée à l’investissement à outrance. L'effet négatif s'est fait ressentir dès le début des
années 80. Des contacts avec les bailleurs de fonds de Bretton Woods ont été effectués en vue de mettre en place et d'appliquer un Programme d'Ajustement Structurel. A cet effet, il y a eu une tendance au retour à la normale de la situation mais les événements politiques de 1991 constituaient un tournant dans l'histoire du pays avec l'entrée dans une nouvelle ère de la démocratie. Après le régime présidentiel, le pays a opté pour un Régime Parlementaire. Suite à ces événements politiques, le niveau du PIB a chuté de - 6.3% en 1991.

Les croissances qui ont suivi sont restées à un niveau relativement modeste. En moyenne, la croissance était de 1,3% entre 1991 et 1995. Après une période de rupture temporaire, le pays s’est efforcé de renouer le dialogue avec le Fonds Monétaire International et la Banque mondiale et par conséquent a pu mettre en place le Document Cadre de Politique Economique (DCPE 1996-1999. Ce document retrace les grandes lignes des mesures macro-économiques visant à renforcer le processus d’ajustement structurel, à amorcer une croissance économique soutenable et stable et à réduire le niveau de pauvreté à Madagascar. La réalisation de ces différentes mesures s’est traduite par une certaine amélioration de la situation économique à Madagascar.

Les indicateurs macro-économiques montrent que l’année 1997 est bien celle du retour à la croissance. En 1998, le Gouvernement a continué les reformes structurelles, a apporté des améliorations institutionnelles pour la consolidation des finances publiques et a établi un cadre réglementaire incitatif pour les investisseurs. La bonne performance économique de 1997 s’est poursuivie. En 1999, le Gouvernement a axé ses efforts dans l’amélioration de la réforme de la fonction publique, dans la poursuite de la privatisation des entreprises publiques, dans promotion des investissements (cadre d’accueils locaux et internationaux et contact concret pour les investisseurs étrangers et nationaux, les zones franches), dans le renforcement de l’ouverture de Madagascar sur l’extérieur (COMESA, Africa Bill,…), dans le renforcement du processus de décentralisation et des provinces autonomes, dans la protection de l’environnement, dans le développement du tourisme, de dans l’amélioration de la répartition des revenus, dans la facilitation de l’accès des pauvres aux services sociaux et dans la promotion de la bonne gouvernance,….. Les indicateurs économiques continuent d’afficher des améliorations sensibles :
taux de croissance de 4,7% bien que l’inflation (9,8%) montre une tendance à la hausse. 1999 est aussi une année de changement crucial pour Madagascar puisque le pays continue ses relations avec les bailleurs de fonds mais sous une nouvelle forme : prioriser dans la politique économique les actions de lutte et de réduction de la pauvreté. En effet compte tenu des acquis passés, le Gouvernement malgache, soucieux du sort et du niveau de vie de sa population, a manifesté sa volonté de continuer les réformes déjà entamées et se fixe comme objectif prioritaire et principal de toutes ses actions, la réduction du niveau de pauvreté à Madagascar. C’est l’objet du Document de Stratégie Réduction de Pauvreté (DSRP). Ce nouveau document entre dans le cadre de l’initiative de réduction de la dette des pays pauvres proposée par les bailleurs de fonds.

Tendances de changement de la pauvreté :

Qui sont les pauvres et comment leur sort a-t-il changé ?

En 1993 les taux sont de 70% de pauvres et 59% d’extrêmement pauvres. Les pauvres sont définis comme les individus dont la valeur de consommation totale est insuffisante pour acheter le panier alimentaire quotidien de référence de 2.100 calories ainsi que les besoins non alimentaires correspondants. Les individus extrêmement pauvres sont ceux dont la valeur de la consommation totale est insuffisante pour acheter, rien que le panier alimentaire indispensable. Puisque les ménages extrêmement pauvres consacrent également des ressources pour des besoins non alimentaires tels que les vêtements et le logement, il s’ensuit qu’en réalité, leur consommation est inférieure aux 2.100 calories quotidiennes indispensables.
En d'autres termes, 84 % des pauvres vivaient dans la pauvreté extrême. On estime que le niveau de pauvreté a atteint 73,3% en 1997 et est redescendu à 71,3 en 1999. Cette tendance de changement montre que le PNB par habitant observé est passé de 155.300 FMG en 1993 à 149.700 FMG en 1997, avant de remonter à 154.100 FMG en 1999.
Une tendance similaire émerge pour le seuil de pauvreté inférieur, qui indique que le pourcentage d’individus vivant dans la pauvreté extrême a atteint 63,1% en 1997 avant de tomber à 61,7% en 1999. Même s’il y a eu moins de pauvreté en 1999 par rapport à 1997, près de 86% des pauvres ont continué à vivre dans des conditions extrêmes en 1999.
Les estimations de l’intensité de la pauvreté une mesure expliquant l’importance des déficits de consommation des pauvres, et qui est proportionnelle au coût d’éradication de la pauvreté par des transferts parfaitement ciblés ont également augmenté entre 1993 et 1997, de 30,3 à 33,6, avant de tomber à 32,8 en 1999 pour les pauvres en général, et ont grimpé de 23,0 à 26,3 avant de tomber à 25,8 pour les extrêmement pauvres en particulier.

La pauvreté urbaine, d'autre part, a montré des mouvements désordonnés puisque la partie de la population estimée vivant dans la pauvreté a augmenté de façon stupéfiante de 13 points de pourcentage entre de 1993 et 1997, en passant de 50,1% à 63%, avant de baisser de 11 points de pourcentage, en atteignant 52,1% en 1999. Cette tendance et cette importance du changement émergent quelle que soit la mesure de pauvreté ou le seuil de pauvreté utilisé.

Pauvreté régionale :

L’évolution de la pauvreté au niveau provincial (Faritany). Pendant la période allant de 1993 à 1999, il y a eu des démarcations claires entre les provinces où la pauvreté a décliné et celles où elle s’est accentuée. Les provinces d’Antananarivo, de Toamasina et de Toliara ont enregistré une intensification variable de la pauvreté entre 1993 et 1997, néanmoins elles avaient également bénéficié de l’effet de croissance suffisante après cette période de sorte que la situation commençait à s’améliorer en 1999. Les provinces de Fianarantsoa, de Mahajanga et d’Antsiranana n’ont pas eu cette chance. Toliara est l'une des régions du pays où la situation globale en 1999 était sans ambiguïté mieux qu'en 1993. Ces améliorations a permis à Toliara de cesser d’être la province la plus pauvre en 1997 avec un niveau de pauvreté de 82%, après Antsiranana, Mahajanga et Fianarantsoa, et d’arriver en troisième position avec un niveau de pauvreté de 72%. Les niveaux de consommation ont augmenté dans les villes et dans les campagnes entre 1997 et 1999.
Cependant contrairement aux tendances nationales, la majorité des gains étaient enregistrés en milieu rural. En fait, en raison de l’augmentation significative de la pauvreté urbaine dans cette région entre 1993 et 1997, (niveau de pauvreté passant de 66,9 % à 69,1% ; la mesure d’intensité de pauvreté distributionnelle plus sensible passant de 25,0 à 37,3), l'évolution de la consommation entre 1997 et 1999 était insuffisante pour retrouver tous les niveaux de pauvreté urbaine de 1993. D’autre part, dans les zones rurales de Toliara, aucun changement statistique important de la distribution de la consommation n’a été observée entre 1993 et 1997, cependant la croissance bien distribuée de la consommation entre 1997 et 1999 a donné lieu à un déclin de 10 points de pourcentage de l'incidence de pauvreté pour toutes les lignes de pauvreté possibles. La découverte du saphir dans la province en début 1999, combinée avec les impacts positifs des projets de développement (Programme Alimentaire Mondial, projet Seecaline, etc.) ont probablement contribué à la baisse des taux de pauvreté, néanmoins, il est difficile de leur attribuer la totalité du recul de la pauvreté.
La situation pour Antananarivo, où vivent environ 28% de la population nationale, y compris la Capitale et les villes environnantes, est contradictoire. Malgré la baisse graduelle du nombre de population vivant au-dessous des lignes de pauvreté supérieure et inférieure, l’intensité de la pauvreté a augmenté entre 1993 et 1997, avant de baisser une fois de plus en 1999.
En 1997 pour les niveaux de consommation inférieurs à 125.000 FMG montrent que même si les conditions de vie des plus pauvres des pauvres – ceux présentant les plus grands déficits de consommation ont empiré pendant cette période, la situation des moins des pauvres s’était améliorée légèrement. La variation de presque un contre un dans la distribution entre 1997 et 1999 signifie que les conditions de vie de la population étaient meilleures dans l’ensemble, même si celles des plus démunis (représentant 40% de la population) n’étaient pas mieux par rapport à 1993. Même si Antananarivo est passée de la troisième à la première place en termes de niveau de pauvreté, la part de la pauvreté nationale attribuable à la province était restée parmi les plus importantes (plus de 20%) en raison de l’importance de sa population, tournant autour de 28 %.

Dans la province d'Antananarivo, les niveaux de consommation réels des 50 % les plus pauvres de la population rurale n'ont présenté aucun changement statistique important au cours de la période allant de 1993 à 1999. La moitié plus riche de la population rurale de la province a cependant enregistré des gains, et de ce fait, le taux de pauvreté en milieu rural à Antananarivo a baissé de 76,2% en 1993 à 72,1% en 1997, et à 69,3% en 1999. Une fois de plus, même si la région présente les niveaux de pauvreté les plus faibles en zones rurales par rapport aux autres régions, elle représente 23% de pauvreté rurale à cause de l’importance de sa population.
Vers 1999, les niveaux de consommation en milieu urbain à Antananarivo étaient presque identiques à ceux de 1993, suite aux déclins enregistrés entre 1993 et 1997. Le niveau de pauvreté de 1999 était de 43,3 % contre 42,4 % en 1993, et l’intensité de la pauvreté était légèrement plus élevée en 1999 avec 17,5 contre 15,9 en 1993.

Après une intensification de la pauvreté entre 1993 et 1997, Toamasina a enregistré un déclin de la pauvreté de manière identique à Antananarivo entre 1997 et 1999, le niveau de pauvreté baissant de plus de 10%, en passant de 79,8% à 71,3%. Ainsi, Toamasina est passée de sa position de deuxième province la plus pauvre à celle de province la moins pauvre derrière Antananarivo. Cependant, à cause des déclins initiaux entre 1993 et 1997, les gains dus à la croissance dans les années suivantes n'étaient pas suffisants pour élever les niveaux de consommation de la moitié la plus pauvre de la population régionale aux niveaux de 1993.

Les changements de la pauvreté dans les villes et dans les campagnes de Toamasina entre 1993 et 1999 étaient remarquablement identiques, et sont par conséquent reflétés dans les changements de la consommation globaux à l’échelle provinciale. En fait, Toamasina est la seule province dans tout le territoire à enregistrer des baisses simultanées du niveau de pauvreté à la fois dans en milieu urbain et en milieu rural (l’intensité de la pauvreté a augmenté dans les zones urbaines durant cette période). Néanmoins, les directions prises au cours des années considérées étaient différentes. Même si les niveaux de consommation des 60% les plus pauvres de la population rurale de Toamasina ont baissé légèrement entre 1993 et 1997, la situation de l’ensemble de la population urbaine s'est sensiblement aggravée. Par exemple, le taux de pauvreté urbaine a augmenté de 37%, de 55,8% à 76,3%, et l’intensité de la pauvreté a augmenté de 116%, de 18,5 à 39,9. En conséquence, la croissance remarquable de la consommation urbaine après 1997 a seulement contribué à baisser le niveau de pauvreté urbain à 52,6%, alors que l’intensité de la pauvreté est restée supérieure à son niveau de 1993 qui était de l’ordre de 21,1.
Les niveaux de la pauvreté à Fianarantsoa, Mahajanga et Antsiranana ont tout augmenté sans ambiguïté entre 1993 et 1999, à l’encontre de la dynamique nationale et atténuant celle -ci.

Par exemple, à Fianarantsoa, les changements mineurs dans la distribution de la consommation réelle ayant laissé les taux de pauvreté inchangés entre 1993 et 1997, ont été suivis de taux de pauvreté qui ont largement dépassé le niveau déjà élevé de 75% en 1997 à 81% en 1999. Ce phénomène a affecté l’ensemble de la population. Le résultat était que vers 1999, Fianarantsoa a montré un taux et une intensité de pauvreté qui sont de loin les plus élevés de toutes les régions et bien que 19 % de la population nationale habitent dans la région, elle représentait près de 23% de l’intensité de pauvreté nationale.
Un fait encore plus révélateur est que la hausse globale de la pauvreté à Fianarantsoa entre 1997 et 1999 s'est produite malgré une hausse de premier ordre des niveaux de consommation réelle en milieu urbain dans cette province. Par exemple, si le taux de pauvreté de la région a augmenté de 8%, le niveau de pauvreté urbain a baissé de 33% en passant de 83% à 56%, et l’intensité de pauvreté a baissé de 40% en passant de 42% à 25%. Les améliorations des conditions urbaines contrastaient vivement avec la hausse de la pauvreté rurale à Fianarantsoa.
Le niveau de pauvreté rural a augmenté de près de 17 % en passant de 74 % à une hausse nationale de 86%. De même, l’intensité de la pauvreté en milieu rural à Fianarantsoa a augmenté, mais de 43%, en passant de 30% à 43%.

La hausse la plus remarquable de la pauvreté a été observée à Mahajanga. Une hausse de 23% de l'incidence de la pauvreté s’est surtout produite entre 1993 et 1997, bien que l’intensité de la pauvreté ait encore augmenté de 25% entre 1997 et 1999.
Les villes de Mahajanga étaient les seules à travers tout le pays où les conditions étaient nettement pires en 1999 qu'en 1993. En effet, la partie de la population en milieu urbain vivant dans la pauvreté a augmenté de 75 %, en passant de 37,3 en 1993 à 65,2 en 1999.
A l’encontre total de l'expérience de Fianarantsoa et d’Antsiranana, la hausse de la pauvreté rurale à Mahajanga a été intensifiée et non atténué par les hausses de la pauvreté urbaine. Que ceci soit ou non une conséquence de l’épidémie de choléra dans cette province au début de l’année 1999.

Antsiranana, qui partage une frontière avec Mahajanga, a également souffert d’une importante hausse de son niveau de pauvreté entre 1993 et 1999, qui est passé du niveau relativement bas de 60,2 % à 72,6. Les croisements multiples des distributions de 1993 et de 1997.
De plus, à la différence de Mahajanga, la pauvreté dans l’ensemble de la province d'Antsiranana s’est accentuée en dépit du déclin de 37 % du niveau de pauvreté, et du déclin de 45 % de l’intensité de la pauvreté en milieu urbain entre 1993 et 1999.

Pauvreté par secteur économique :

Dans la plupart des cas, le secteur d’activité du ménage est déterminé par celui du chef de ménage. Dans les cas où le chef du ménage ne travaille pas, ou lorsque des informations manquent dans les données, le secteur du conjoint ou de l’aîné des enfants a été enregistré.

Le trait le plus frappant, et non surprenant ressort que la pauvreté parmi les individus des ménages agricoles est uniformément plus élevée que parmi ceux des autres groupes de ménages. Avec des niveaux de pauvretés supérieurs à 75% durant cette période, ce groupe qui représentait un peu plus de 70 % de la population totale en 1999 a toujours représenté plus de 74 % de la pauvreté nationale. Dans les zones urbaines, le pourcentage de la population appartenant aux ménages agricoles a augmenté de 23% en 1997 à 27 % en 1999. En même temps, le niveau de pauvreté parmi ces individus a baissé de 6 points de pourcentage, c’est à dire de 70 % à 64%. Néanmoins, ce groupe a continué à représenter plus de 32 % de la pauvreté urbaine, et en outre, l’intensité de la pauvreté a augmenté de 24% à 27%.
La performance des ménages agricoles ruraux est faible par rapport à celle des ménages agricoles urbains, car le niveau de pauvreté rural a augmenté de 76,5 % en 1993 à 78,6% en 1999 et l’intensité de pauvreté est passée de 34,5 à 37,4. Si l’on considère que ce groupe de ménages représente 83% de la population rurale en 1999, il n'est pas étonnant que 85% de la pauvreté rurale puissent lui être attribuées.
Dans le secteur agricole lui-même, il est intéressant de désagréger davantage les petits exploitants agricoles (0 à 1,5 hectares de surface exploitée) d'une part, et les moyens et grands exploitants agricoles d'autre part (voir Tableau 5). Indépendamment du milieu de résidence, les petits exploitants agricoles sont plus pauvres et montrent une hausse de pauvreté plus élevée leurs voisins plus grands. Par exemple, le taux de pauvreté parmi les petits exploitants ruraux a augmenté de 79% en 1993 à 83% en 1999, ce qui représente près de 61% de la pauvreté dans le secteur agricole, même s’ils représentent seulement 55% de la population du secteur. En même temps, le taux de pauvreté parmi les moyens et grands exploitants agricoles est resté statistiquement inchangé à 72%. En milieu urbain, les niveaux de pauvretés des petits et grands exploitants agricoles ont baissé d’environ six points de pourcentage entre 1993 et 1999, bien qu’il restait 40% de plus de pauvreté parmi les petits ménages agricoles avec 71%.

Les autres ménages qui ont contribué considérablement à la pauvreté nationale étaient ceux des secteurs de la fabrication, du commerce et des services gouvernementaux. En raison de l’importance des populations de ces secteurs, les ménages représentaient plus de 10% du niveau de pauvreté national en 1999, malgré l’incidence relativement faible de 54% de pauvres dans chaque secteur. Le secteur de la fabrication a enregistré une baisse de 4 points de pourcentage du niveau de pauvreté entre 1993 et 1999, même si l’intensité de la pauvreté est restée inchangée à 22,5. Bien que les niveaux de pauvreté dans ce secteur étaient plus élevés dans les campagnes que dans les villes, le pourcentage des pauvres dans le secteur de la fabrication en milieu rural a baissé entre 1993 et 1999 (de 66,7% à 56,3%), alors que le pourcentage des pauvres en milieu urbain est passé de 46,1% à 53,0%. De plus, ce groupe a continué à représenter 8,5% de la pauvreté urbaine en 1999.
Dans le secteur commercial, la hausse de l’intensité de la pauvreté de 20,2 à 22,3 à l’échelle nationale entre 1993 et 1999, et l’absence de changement du niveau de pauvreté (54,5%), a été reflété en milieu urbain. En milieu rural, la baisse de 3 points de pourcentage du niveau de pauvreté n'a pas été accompagnée par une baisse parallèle de l’intensité de la pauvreté.
Ceci suggère que la situation des ménages commerciaux qui sont restés pauvres était de loin pire en 1999 qu'en 1993. Néanmoins, comparé à d'autres secteurs ruraux, les taux de pauvreté dans le secteur commercial étaient faibles.
Malgré une meilleure performance par rapport aux autres groupes de la société, 73% de plus d’individus des ménages de fonctionnaires (c.-à-d. ceux dans le secteur des services Gouvernementaux) étaient pauvres en 1999 comparé à 1993. L’intensité de la pauvreté parmi les individus dans ce secteur s’est accrue davantage de près de 150% en passant de 8,7 à 22,2. Ceci n’est guère étonnant compte tenu de la rigidité des salaires des fonctionnaires et du taux d'inflation annuel moyen de 20,3% entre 1993 et 1999. En milieu rural, le taux de pauvreté parmi les individus des ménages de fonctionnaires avait augmenté de 45,7% à 55,3, même si le changement de l’intensité de la pauvreté était beaucoup plus important, en passant de 13,8 à 26.6. Bien que ce secteur représente seulement 2% de la pauvreté rurale en 1999, la hausse de la pauvreté parmi ces ménages pouvait affecter la prestation et la qualité des services gouvernementaux pour les groupes nécessiteux, et favoriser la corruption. Ces conséquences peuvent être encore plus graves en milieu urbain où la contribution des ménages de fonctionnaires à la pauvreté urbaine est passée de 3,9% en 1993 contre 13,5% en 1999, étant donné que niveau de pauvreté est passé de 128% en passant de 22% à 50%, et l’intensité de la pauvreté a augmenté de 222% en passant 6% à 19%. Vers 1999, ce secteur se plaçait en seconde position derrière l'agriculture en termes de contribution à la pauvreté urbaine, et en troisième position derrière l'agriculture et le commerce en terme de contribution à la pauvreté rurale.
Enfin, les individus des ménages dirigés par des travailleurs sans qualification ont également connu des hausses importantes de la pauvreté. Avec des taux de pauvreté de près de 20 points de pourcentage au-dessous du niveau national en 1993, la hausse de 81% des individus classifiés de pauvres laisse ce groupe avec un niveau de pauvreté de 10 points de pourcentage de plus par rapport au niveau national en 1999. Ces hausses se sont produites dans les villes et dans les campagnes, même si en milieu rural près de 90% des membres de ces ménages étaient pauvres vers 1999.

Conclusion :

Ces analyses permettent de dresser un bilan de la situation de la pauvreté à Madagascar au cours de ces dernières années. L’évolution de l’incidence de la pauvreté nationale est conforme à l’évolution du PIB per capita : hausse de l’incidence de 1993 à 1997 puis une baisse de 1997 à 1999. La pauvreté à Madagascar est une pauvreté rurale dans la mesure où non sesulement la population rurale représente environ 80% de la population totale mais l’incidence de la pauvreté y est très élevée de 1993 à 1999 : au moins. 8 individus pauvres sur dix vivent en milieu rural.
D’autant plus que cette incidence touche à 80% le secteur agricole qui offre plus 80% d’emplois aux actifs malgaches. Par région, Antananarivo, Toamasina et Toliara ont enregistré un mouvement à la baisse de l’incidence de la pauvreté (-4,3 points) contrairement à Fianarantsoa, Mahajanga et Antsiranana (+4,0 points).
Ce qui est aberrant, ce qu’on demande à l’équipe actuelle de combler ce retard en un peu plus d’une année de Gouvernance et surtout après les événements de 2002 qui sont plus désastreux proportionnellement que les années socialistes puisqu’il y a eu arrêt total des activités.

Décembre 2003. Rakotozafy.