"QUI A PROFITE DU DEMARRAGE ECONOMIQUE DE
MADAGASCAR DE 1993 JUSQU’EN 1999 ?"
(publié par Tafatafa.eu.org en décembre 2003)
On peut considérer qu’après
l’ère des mouvements socio-politiques des années 1960
à 1972 et du régime socialiste de 1972 aux années
80 le vrai décollage économique de Madagascar
commençait de 1993 à 1999. Pour les années 2000 et
2001 aucune étude fiable n’a été
réalisée.
Je pense que la politique économique menée pendant les 20
ans, après les mouvements socio-politiques des années 60
explique que Madagascar figure actuellement parmi les pays les plus
pauvres du monde.
Essayons d’analyser ces différentes étapes
économiques depuis l’Indépendance, jusqu’en 1999 (je
prends cette année car des études minutieuses y ont
été réalisées) :
Données de base:
La population a été
estimée à 14,6 millions d’individus en 1999, dont 77,8%
résident en
milieu rural. La proportion d’hommes est de 49,5% contre 51,5% pour les
femmes pour la même année. L’espérance de vie
à la naissance d’un malgache est de 55,1 ans en 1999.
L'économie malgache a vécu au rythme des mouvements
socio-politiques qui prévalaient
depuis l'indépendance. Les mesures économiques ont
été teintées des idéologies qui prenaient
successivement place au cours de chaque période de changements.
L'empreinte de la France ex-pays colonisateur est largement
restée visible. L'année 1960 a marqué l'histoire
du pays par l'accès à l'indépendance. De 1960
à 1972, l'économie a connu une légère
amélioration avec une hausse du PIB par tête variant de
0,8% à 1,6%.
Les changements de régime des années 70 ont eu plusieurs
effets sur l'économie malgache. Dès 1974, Madagascar ne
faisait plus partie des pays de la "zone franc". A partir de 1975 et
suite à une consultation auprès de la population, le pays
vivait sous le régime socialiste.
Conscient du faible niveau de croissance de l'économie et du
taux d'investissement, l'Etat s'est engagé à effectuer
une politique d'investissement à outrance à l’aide d’un
financement par emprunts extérieurs. Dopé par ce flux
d'entrée de devises, le PIB a connu un bond de 9,8% en 1979.
Mais les conditions de réalisation de l'investissement
étaient défavorables au développement du fait que
ces investissements sont presque hautement capitalistique et à
fort contenu d'importation. D’autant plus qu’à cette
époque les cours des matières premières sur les
marchés internationaux dont dépendait en grande la
rentrée de devises de Madagascar ont connu une
instabilité et affichait souvent une tendance à la
baisse, défavorable non seulement pour le pays mais aussi pour
les paysans malgaches. A cela s’ajoutent les effets négatifs des
services de la dette liée à l’investissement à
outrance. L'effet négatif s'est fait ressentir dès le
début des
années 80. Des contacts avec les bailleurs de fonds de Bretton
Woods ont été effectués en vue de mettre en place
et d'appliquer un Programme d'Ajustement Structurel. A cet effet, il y
a eu une tendance au retour à la normale de la situation mais
les événements politiques de 1991 constituaient un
tournant dans l'histoire du pays avec l'entrée dans une nouvelle
ère de la démocratie. Après le régime
présidentiel, le pays a opté pour un Régime
Parlementaire. Suite à ces événements politiques,
le niveau du PIB a chuté de - 6.3% en 1991.
Les croissances qui ont suivi sont
restées à un niveau relativement modeste. En moyenne, la
croissance était de 1,3% entre 1991 et 1995. Après une
période de rupture temporaire, le pays s’est efforcé de
renouer le dialogue avec le Fonds Monétaire International et la
Banque mondiale et par conséquent a pu mettre en place le
Document Cadre de Politique Economique (DCPE 1996-1999. Ce document
retrace les grandes lignes des mesures macro-économiques visant
à renforcer le processus d’ajustement structurel, à
amorcer une croissance économique soutenable et stable et
à réduire le niveau de pauvreté à
Madagascar. La réalisation de ces différentes mesures
s’est traduite par une certaine amélioration de la situation
économique à Madagascar.
Les indicateurs macro-économiques montrent que l’année
1997 est bien celle du retour à la croissance. En 1998, le
Gouvernement a continué les reformes structurelles, a
apporté des améliorations institutionnelles pour la
consolidation des finances publiques et a établi un cadre
réglementaire incitatif pour les investisseurs. La bonne
performance économique de 1997 s’est poursuivie. En 1999, le
Gouvernement a axé ses efforts dans l’amélioration de la
réforme de la fonction publique, dans la poursuite de la
privatisation des entreprises publiques, dans promotion des
investissements (cadre d’accueils locaux et internationaux et contact
concret pour les investisseurs étrangers et nationaux, les zones
franches), dans le renforcement de l’ouverture de Madagascar sur
l’extérieur (COMESA, Africa Bill,…), dans le renforcement du
processus de décentralisation et des provinces autonomes, dans
la protection de l’environnement, dans le développement du
tourisme, de dans l’amélioration de la répartition des
revenus, dans la facilitation de l’accès des pauvres aux
services sociaux et dans la promotion de la bonne gouvernance,….. Les
indicateurs économiques continuent d’afficher des
améliorations sensibles :
taux de croissance de 4,7% bien que l’inflation (9,8%) montre une
tendance à la hausse. 1999 est aussi une année de
changement crucial pour Madagascar puisque le pays continue ses
relations avec les bailleurs de fonds mais sous une nouvelle forme :
prioriser dans la politique économique les actions de lutte et
de réduction de la pauvreté. En effet compte tenu des
acquis passés, le Gouvernement malgache, soucieux du sort et du
niveau de vie de sa population, a manifesté sa volonté de
continuer les réformes déjà entamées et se
fixe comme objectif prioritaire et principal de toutes ses actions, la
réduction du niveau de pauvreté à Madagascar.
C’est l’objet du Document de Stratégie Réduction de
Pauvreté (DSRP). Ce nouveau document entre dans le cadre de
l’initiative de réduction de la dette des pays pauvres
proposée par les bailleurs de fonds.
Tendances de changement de la pauvreté :
Qui sont les pauvres et comment leur sort
a-t-il changé ?
En 1993 les taux sont de 70% de pauvres et
59% d’extrêmement pauvres. Les pauvres sont définis comme
les individus dont la valeur de consommation totale est insuffisante
pour acheter le panier alimentaire quotidien de référence
de 2.100 calories ainsi que les besoins non alimentaires
correspondants. Les individus extrêmement pauvres sont ceux dont
la valeur de la consommation totale est insuffisante pour acheter, rien
que le panier alimentaire indispensable. Puisque les ménages
extrêmement pauvres consacrent également des ressources
pour des besoins non alimentaires tels que les vêtements et le
logement, il s’ensuit qu’en réalité, leur consommation
est inférieure aux 2.100 calories quotidiennes indispensables.
En d'autres termes, 84 % des pauvres vivaient dans la pauvreté
extrême. On estime que le niveau de pauvreté a atteint
73,3% en 1997 et est redescendu à 71,3 en 1999. Cette tendance
de changement montre que le PNB par habitant observé est
passé de 155.300 FMG en 1993 à 149.700 FMG en 1997, avant
de remonter à 154.100 FMG en 1999.
Une tendance similaire émerge pour le seuil de pauvreté
inférieur, qui indique que le pourcentage d’individus vivant
dans la pauvreté extrême a atteint 63,1% en 1997 avant de
tomber à 61,7% en 1999. Même s’il y a eu moins de
pauvreté en 1999 par rapport à 1997, près de 86%
des pauvres ont continué à vivre dans des conditions
extrêmes en 1999.
Les estimations de l’intensité de la pauvreté une mesure
expliquant l’importance des déficits de consommation des
pauvres, et qui est proportionnelle au coût d’éradication
de la pauvreté par des transferts parfaitement ciblés ont
également augmenté entre 1993 et 1997, de 30,3 à
33,6, avant de tomber à 32,8 en 1999 pour les pauvres en
général, et ont grimpé de 23,0 à 26,3 avant
de tomber à 25,8 pour les extrêmement pauvres en
particulier.
La pauvreté urbaine, d'autre part, a montré des
mouvements désordonnés puisque la partie de la population
estimée vivant dans la pauvreté a augmenté de
façon stupéfiante de 13 points de pourcentage entre de
1993 et 1997, en passant de 50,1% à 63%, avant de baisser de 11
points de pourcentage, en atteignant 52,1% en 1999. Cette tendance et
cette importance du changement émergent quelle que soit la
mesure de pauvreté ou le seuil de pauvreté
utilisé.
Pauvreté régionale :
L’évolution de la pauvreté au
niveau provincial (Faritany). Pendant la période allant de 1993
à 1999, il y a eu des démarcations claires entre les
provinces où la pauvreté a décliné et
celles où elle s’est accentuée. Les provinces
d’Antananarivo, de Toamasina et de Toliara ont enregistré une
intensification variable de la pauvreté entre 1993 et 1997,
néanmoins elles avaient également
bénéficié de l’effet de croissance suffisante
après cette période de sorte que la situation
commençait à s’améliorer en 1999. Les provinces de
Fianarantsoa, de Mahajanga et d’Antsiranana n’ont pas eu cette chance.
Toliara est l'une des régions du pays où la situation
globale en 1999 était sans ambiguïté mieux qu'en
1993. Ces améliorations a permis à Toliara de cesser
d’être la province la plus pauvre en 1997 avec un niveau de
pauvreté de 82%, après Antsiranana, Mahajanga et
Fianarantsoa, et d’arriver en troisième position avec un niveau
de pauvreté de 72%. Les niveaux de consommation ont
augmenté dans les villes et dans les campagnes entre 1997 et
1999.
Cependant contrairement aux tendances nationales, la majorité
des gains étaient enregistrés en milieu rural. En fait,
en raison de l’augmentation significative de la pauvreté urbaine
dans cette région entre 1993 et 1997, (niveau de pauvreté
passant de 66,9 % à 69,1% ; la mesure d’intensité de
pauvreté distributionnelle plus sensible passant de 25,0
à 37,3), l'évolution de la consommation entre 1997 et
1999 était insuffisante pour retrouver tous les niveaux de
pauvreté urbaine de 1993. D’autre part, dans les zones rurales
de Toliara, aucun changement statistique important de la distribution
de la consommation n’a été observée entre 1993 et
1997, cependant la croissance bien distribuée de la consommation
entre 1997 et 1999 a donné lieu à un déclin de 10
points de pourcentage de l'incidence de pauvreté pour toutes les
lignes de pauvreté possibles. La découverte du saphir
dans la province en début 1999, combinée avec les impacts
positifs des projets de développement (Programme Alimentaire
Mondial, projet Seecaline, etc.) ont probablement contribué
à la baisse des taux de pauvreté, néanmoins, il
est difficile de leur attribuer la totalité du recul de la
pauvreté.
La situation pour Antananarivo, où vivent environ 28% de la
population nationale, y compris la Capitale et les villes
environnantes, est contradictoire. Malgré la baisse graduelle du
nombre de population vivant au-dessous des lignes de pauvreté
supérieure et inférieure, l’intensité de la
pauvreté a augmenté entre 1993 et 1997, avant de baisser
une fois de plus en 1999.
En 1997 pour les niveaux de consommation inférieurs à
125.000 FMG montrent que même si les conditions de vie des plus
pauvres des pauvres – ceux présentant les plus grands
déficits de consommation ont empiré pendant cette
période, la situation des moins des pauvres s’était
améliorée légèrement. La variation de
presque un contre un dans la distribution entre 1997 et 1999 signifie
que les conditions de vie de la population étaient meilleures
dans l’ensemble, même si celles des plus démunis
(représentant 40% de la population) n’étaient pas mieux
par rapport à 1993. Même si Antananarivo est passée
de la troisième à la première place en termes de
niveau de pauvreté, la part de la pauvreté nationale
attribuable à la province était restée parmi les
plus importantes (plus de 20%) en raison de l’importance de sa
population, tournant autour de 28 %.
Dans la province d'Antananarivo, les
niveaux de consommation réels des 50 % les plus pauvres de la
population rurale n'ont présenté aucun changement
statistique important au cours de la période allant de 1993
à 1999. La moitié plus riche de la population rurale de
la province a cependant enregistré des gains, et de ce fait, le
taux de pauvreté en milieu rural à Antananarivo a
baissé de 76,2% en 1993 à 72,1% en 1997, et à
69,3% en 1999. Une fois de plus, même si la région
présente les niveaux de pauvreté les plus faibles en
zones rurales par rapport aux autres régions, elle
représente 23% de pauvreté rurale à cause de
l’importance de sa population.
Vers 1999, les niveaux de consommation en milieu urbain à
Antananarivo étaient presque identiques à ceux de 1993,
suite aux déclins enregistrés entre 1993 et 1997. Le
niveau de pauvreté de 1999 était de 43,3 % contre 42,4 %
en 1993, et l’intensité de la pauvreté était
légèrement plus élevée en 1999 avec 17,5
contre 15,9 en 1993.
Après une intensification de la pauvreté entre 1993 et
1997, Toamasina a enregistré un déclin de la
pauvreté de manière identique à Antananarivo entre
1997 et 1999, le niveau de pauvreté baissant de plus de 10%, en
passant de 79,8% à 71,3%. Ainsi, Toamasina est passée de
sa position de deuxième province la plus pauvre à celle
de province la moins pauvre derrière Antananarivo. Cependant,
à cause des déclins initiaux entre 1993 et 1997, les
gains dus à la croissance dans les années suivantes
n'étaient pas suffisants pour élever les niveaux de
consommation de la moitié la plus pauvre de la population
régionale aux niveaux de 1993.
Les changements de la pauvreté dans
les villes et dans les campagnes de Toamasina entre 1993 et 1999
étaient remarquablement identiques, et sont par
conséquent reflétés dans les changements de la
consommation globaux à l’échelle provinciale. En fait,
Toamasina est la seule province dans tout le territoire à
enregistrer des baisses simultanées du niveau de pauvreté
à la fois dans en milieu urbain et en milieu rural
(l’intensité de la pauvreté a augmenté dans les
zones urbaines durant cette période). Néanmoins, les
directions prises au cours des années considérées
étaient différentes. Même si les niveaux de
consommation des 60% les plus pauvres de la population rurale de
Toamasina ont baissé légèrement entre 1993 et
1997, la situation de l’ensemble de la population urbaine s'est
sensiblement aggravée. Par exemple, le taux de pauvreté
urbaine a augmenté de 37%, de 55,8% à 76,3%, et
l’intensité de la pauvreté a augmenté de 116%, de
18,5 à 39,9. En conséquence, la croissance remarquable de
la consommation urbaine après 1997 a seulement contribué
à baisser le niveau de pauvreté urbain à 52,6%,
alors que l’intensité de la pauvreté est restée
supérieure à son niveau de 1993 qui était de
l’ordre de 21,1.
Les niveaux de la pauvreté à Fianarantsoa, Mahajanga et
Antsiranana ont tout augmenté sans ambiguïté entre
1993 et 1999, à l’encontre de la dynamique nationale et
atténuant celle -ci.
Par exemple, à Fianarantsoa, les
changements mineurs dans la distribution de la consommation
réelle ayant laissé les taux de pauvreté
inchangés entre 1993 et 1997, ont été suivis de
taux de pauvreté qui ont largement dépassé le
niveau déjà élevé de 75% en 1997 à
81% en 1999. Ce phénomène a affecté l’ensemble de
la population. Le résultat était que vers 1999,
Fianarantsoa a montré un taux et une intensité de
pauvreté qui sont de loin les plus élevés de
toutes les régions et bien que 19 % de la population nationale
habitent dans la région, elle représentait près de
23% de l’intensité de pauvreté nationale.
Un fait encore plus révélateur est que la hausse globale
de la pauvreté à Fianarantsoa entre 1997 et 1999 s'est
produite malgré une hausse de premier ordre des niveaux de
consommation réelle en milieu urbain dans cette province. Par
exemple, si le taux de pauvreté de la région a
augmenté de 8%, le niveau de pauvreté urbain a
baissé de 33% en passant de 83% à 56%, et
l’intensité de pauvreté a baissé de 40% en passant
de 42% à 25%. Les améliorations des conditions urbaines
contrastaient vivement avec la hausse de la pauvreté rurale
à Fianarantsoa.
Le niveau de pauvreté rural a augmenté de près de
17 % en passant de 74 % à une hausse nationale de 86%. De
même, l’intensité de la pauvreté en milieu rural
à Fianarantsoa a augmenté, mais de 43%, en passant de 30%
à 43%.
La hausse la plus remarquable de la
pauvreté a été observée à Mahajanga.
Une hausse de 23% de l'incidence de la pauvreté s’est surtout
produite entre 1993 et 1997, bien que l’intensité de la
pauvreté ait encore augmenté de 25% entre 1997 et 1999.
Les villes de Mahajanga étaient les seules à travers tout
le pays où les conditions étaient nettement pires en 1999
qu'en 1993. En effet, la partie de la population en milieu urbain
vivant dans la pauvreté a augmenté de 75 %, en passant de
37,3 en 1993 à 65,2 en 1999.
A l’encontre total de l'expérience de Fianarantsoa et
d’Antsiranana, la hausse de la pauvreté rurale à
Mahajanga a été intensifiée et non
atténué par les hausses de la pauvreté urbaine.
Que ceci soit ou non une conséquence de l’épidémie
de choléra dans cette province au début de l’année
1999.
Antsiranana, qui partage une frontière avec Mahajanga, a
également souffert d’une importante hausse de son niveau de
pauvreté entre 1993 et 1999, qui est passé du niveau
relativement bas de 60,2 % à 72,6. Les croisements multiples des
distributions de 1993 et de 1997.
De plus, à la différence de Mahajanga, la pauvreté
dans l’ensemble de la province d'Antsiranana s’est accentuée en
dépit du déclin de 37 % du niveau de pauvreté, et
du déclin de 45 % de l’intensité de la pauvreté en
milieu urbain entre 1993 et 1999.
Pauvreté par secteur économique :
Dans la plupart des cas, le secteur
d’activité du ménage est déterminé par
celui du chef de ménage. Dans les cas où le chef du
ménage ne travaille pas, ou lorsque des informations manquent
dans les données, le secteur du conjoint ou de
l’aîné des enfants a été enregistré.
Le trait le plus frappant, et non surprenant ressort que la
pauvreté parmi les individus des ménages agricoles est
uniformément plus élevée que parmi ceux des autres
groupes de ménages. Avec des niveaux de pauvretés
supérieurs à 75% durant cette période, ce groupe
qui représentait un peu plus de 70 % de la population totale en
1999 a toujours représenté plus de 74 % de la
pauvreté nationale. Dans les zones urbaines, le pourcentage de
la population appartenant aux ménages agricoles a
augmenté de 23% en 1997 à 27 % en 1999. En même
temps, le niveau de pauvreté parmi ces individus a baissé
de 6 points de pourcentage, c’est à dire de 70 % à 64%.
Néanmoins, ce groupe a continué à
représenter plus de 32 % de la pauvreté urbaine, et en
outre, l’intensité de la pauvreté a augmenté de
24% à 27%.
La performance des ménages agricoles ruraux est faible par
rapport à celle des ménages agricoles urbains, car le
niveau de pauvreté rural a augmenté de 76,5 % en 1993
à 78,6% en 1999 et l’intensité de pauvreté est
passée de 34,5 à 37,4. Si l’on considère que ce
groupe de ménages représente 83% de la population rurale
en 1999, il n'est pas étonnant que 85% de la pauvreté
rurale puissent lui être attribuées.
Dans le secteur agricole lui-même, il est intéressant de
désagréger davantage les petits exploitants agricoles (0
à 1,5 hectares de surface exploitée) d'une part, et les
moyens et grands exploitants agricoles d'autre part (voir Tableau 5).
Indépendamment du milieu de résidence, les petits
exploitants agricoles sont plus pauvres et montrent une hausse de
pauvreté plus élevée leurs voisins plus grands.
Par exemple, le taux de pauvreté parmi les petits exploitants
ruraux a augmenté de 79% en 1993 à 83% en 1999, ce qui
représente près de 61% de la pauvreté dans le
secteur agricole, même s’ils représentent seulement 55% de
la population du secteur. En même temps, le taux de
pauvreté parmi les moyens et grands exploitants agricoles est
resté statistiquement inchangé à 72%. En milieu
urbain, les niveaux de pauvretés des petits et grands
exploitants agricoles ont baissé d’environ six points de
pourcentage entre 1993 et 1999, bien qu’il restait 40% de plus de
pauvreté parmi les petits ménages agricoles avec 71%.
Les autres ménages qui ont contribué
considérablement à la pauvreté nationale
étaient ceux des secteurs de la fabrication, du commerce et des
services gouvernementaux. En raison de l’importance des populations de
ces secteurs, les ménages représentaient plus de 10% du
niveau de pauvreté national en 1999, malgré l’incidence
relativement faible de 54% de pauvres dans chaque secteur. Le secteur
de la fabrication a enregistré une baisse de 4 points de
pourcentage du niveau de pauvreté entre 1993 et 1999, même
si l’intensité de la pauvreté est restée
inchangée à 22,5. Bien que les niveaux de pauvreté
dans ce secteur étaient plus élevés dans les
campagnes que dans les villes, le pourcentage des pauvres dans le
secteur de la fabrication en milieu rural a baissé entre 1993 et
1999 (de 66,7% à 56,3%), alors que le pourcentage des pauvres en
milieu urbain est passé de 46,1% à 53,0%. De plus, ce
groupe a continué à représenter 8,5% de la
pauvreté urbaine en 1999.
Dans le secteur commercial, la hausse de l’intensité de la
pauvreté de 20,2 à 22,3 à l’échelle
nationale entre 1993 et 1999, et l’absence de changement du niveau de
pauvreté (54,5%), a été reflété en
milieu urbain. En milieu rural, la baisse de 3 points de pourcentage du
niveau de pauvreté n'a pas été accompagnée
par une baisse parallèle de l’intensité de la
pauvreté.
Ceci suggère que la situation des ménages commerciaux qui
sont restés pauvres était de loin pire en 1999 qu'en
1993. Néanmoins, comparé à d'autres secteurs
ruraux, les taux de pauvreté dans le secteur commercial
étaient faibles.
Malgré une meilleure performance par rapport aux autres groupes
de la société, 73% de plus d’individus des ménages
de fonctionnaires (c.-à-d. ceux dans le secteur des services
Gouvernementaux) étaient pauvres en 1999 comparé à
1993. L’intensité de la pauvreté parmi les individus dans
ce secteur s’est accrue davantage de près de 150% en passant de
8,7 à 22,2. Ceci n’est guère étonnant compte tenu
de la rigidité des salaires des fonctionnaires et du taux
d'inflation annuel moyen de 20,3% entre 1993 et 1999. En milieu rural,
le taux de pauvreté parmi les individus des ménages de
fonctionnaires avait augmenté de 45,7% à 55,3, même
si le changement de l’intensité de la pauvreté
était beaucoup plus important, en passant de 13,8 à 26.6.
Bien que ce secteur représente seulement 2% de la
pauvreté rurale en 1999, la hausse de la pauvreté parmi
ces ménages pouvait affecter la prestation et la qualité
des services gouvernementaux pour les groupes nécessiteux, et
favoriser la corruption. Ces conséquences peuvent être
encore plus graves en milieu urbain où la contribution des
ménages de fonctionnaires à la pauvreté urbaine
est passée de 3,9% en 1993 contre 13,5% en 1999, étant
donné que niveau de pauvreté est passé de 128% en
passant de 22% à 50%, et l’intensité de la
pauvreté a augmenté de 222% en passant 6% à 19%.
Vers 1999, ce secteur se plaçait en seconde position
derrière l'agriculture en termes de contribution à la
pauvreté urbaine, et en troisième position
derrière l'agriculture et le commerce en terme de contribution
à la pauvreté rurale.
Enfin, les individus des ménages dirigés par des
travailleurs sans qualification ont également connu des hausses
importantes de la pauvreté. Avec des taux de pauvreté de
près de 20 points de pourcentage au-dessous du niveau national
en 1993, la hausse de 81% des individus classifiés de pauvres
laisse ce groupe avec un niveau de pauvreté de 10 points de
pourcentage de plus par rapport au niveau national en 1999. Ces hausses
se sont produites dans les villes et dans les campagnes, même si
en milieu rural près de 90% des membres de ces ménages
étaient pauvres vers 1999.
Conclusion :
Ces analyses permettent de dresser un bilan
de la situation de la pauvreté à Madagascar au cours de
ces dernières années. L’évolution de l’incidence
de la pauvreté nationale est conforme à
l’évolution du PIB per capita : hausse de l’incidence de 1993
à 1997 puis une baisse de 1997 à 1999. La pauvreté
à Madagascar est une pauvreté rurale dans la mesure
où non sesulement la population rurale représente environ
80% de la population totale mais l’incidence de la pauvreté y
est très élevée de 1993 à 1999 : au moins.
8 individus pauvres sur dix vivent en milieu rural.
D’autant plus que cette incidence touche à 80% le secteur
agricole qui offre plus 80% d’emplois aux actifs malgaches. Par
région, Antananarivo, Toamasina et Toliara ont enregistré
un mouvement à la baisse de l’incidence de la pauvreté
(-4,3 points) contrairement à Fianarantsoa, Mahajanga et
Antsiranana (+4,0 points).
Ce qui est aberrant, ce qu’on demande à l’équipe actuelle
de combler ce retard en un peu plus d’une année de Gouvernance
et surtout après les événements de 2002 qui sont
plus désastreux proportionnellement que les années
socialistes puisqu’il y a eu arrêt total des activités.
Décembre 2003. Rakotozafy.
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