"LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETE DOIT PASSER PAR LA
DIMINUTION DES INEGALITES."
(publié par Tafatafa.eu.org en décembre 2003)
La diminution des inégalités est une étape indispensable
dans l'élaboration d'une politique de lutte contre la pauvreté.
Les sociétés ont une perception différente, et variable
d'une société à une autre, du rôle de la femme
et de l'homme dans des domaines donnés, indépendamment des
différences biologiques liées au sexe. La notion de genre
reprend la spécificité des relations socialement construites
entre les deux sexes. On parle alors d'inégalité liée
au genre ou d'inégalité sexuée. Ces inégalités
se superposent aux inégalités classiques (monétaire,
de condition de vie, de potentialités) subies par différentes
catégories de population et, souvent, les aggravent.
Les inégalités entre les hommes et les femmes sont observées
au sein du ménage et varient selon la situation des ménages,
si le chef est une femme, cette condition accroît leur vulnérabilité
de celle des ménages « standard » dont le chef est
un homme.
Déjà dans tous les cas de figure les femmes et les petites
filles sont mobilisées pour les tâches familiales et domestiques,
dont certaines comme la collecte de l'eau et du bois qui sont longues
et pénibles. Et cette répartition est inscrite dans l'éducation
des jeunes enfants. Ce travail s'ajoute aux activités agricoles
ou aux activités complémentaires du revenu, qu'hommes et
femmes se répartissent au niveau du ménage.
Cependant, le contrôle des ressources reste essentiellement entre
les mains des hommes. Le niveau de formation des femmes adultes (le capital
humain) est sensiblement plus faible que celui des hommes, mais par contre,
il n'y a pas actuellement de discrimination entre garçons et filles
dans la scolarisation dans le primaire.
Donc la politique de lutte contre la pauvreté doit passer par
une amélioration des potentialités des femmes, qui permettrait
de les rendre moins vulnérables et de mieux prendre leur destin
et celui de leurs enfants en main.
Pour l'aspect économique, le bénéfice de la croissance
se répartit entre un effet de niveau de vie (hausse de revenu moyen)
et un effet de distribution (modification de l'inégalité.)
Cette relation peut présenter des avantages. En effet, il arrive
que la pauvreté se réduise malgré l'absence de croissance
en raison de la réduction de l'inégalité. Mais, c'est
plus souvent le contraire qui se passe, surtout en période de croissance,
la pauvreté ne se réduit pas autant qu'elle devrait car
l'inégalité progresse de trop.
Et cette inégalité, dans ce cas, concerne aussi l'ensemble
des personnes, hommes et femmes comprises, et peut se manifester sous
une forme monétaire, que retrace le revenu ou la consommation.
Mais, on distingue au sein des inégalités d'ordre économiques
outre les inégalités monétaires, des inégalités
de conditions de vie (relatives à l'accès à la santé,
l'éducation, la sécurité alimentaire, l'habitat,
etc.), de potentialités (relatives au capital physique, financier,
humain, social, etc.)D'autres inégalités, non directement
économiques, existent aussi : elles sont sociales (en lien avec
l'exclusion), culturelles (en lien avec l'identité), politiques
(en lien avec la participation et le pouvoir) ou d'éthique (en
lien avec les normes ou valeurs. Leur mesure par une métrique monétaire
demeure dans la plupart des cas difficiles.
Lorsqu'on distingue dans la population les femmes, en tant que catégorie
particulière, l'analyse devient plus complexe car il faut alors
prendre en compte non seulement les inégalités classiques
précédentes, c'est à dire entre les femmes elles-mêmes,
mais aussi les inégalités qui existent entre hommes et femmes.
En fait, on se retrouve dans le classique problème de la décomposition
statistique de l'inégalité globale entre inégalité
interclasse (les inégalités sexuées) et inégalités
intra-classes (les classiques inégalités pour les hommes
et pour les femmes.)
La répartition des travaux domestiques : la mobilisation des
femmes et des enfants
Cette mobilisation concerne entre autres : chercher l'eau, le bois, préparer
les repas, surveiller la cuisson des repas, répartir le repas,
faire la lessive, garder les enfants de moins de 5 ans, aller au marché
pour l'achat des produits de première nécessité (PPN),
réaliser des achats exceptionnels, à ceux-ci s'ajoutent
la participation aux travaux des champs.
Analysons les deux premiers cas :
Dans les conditions de sous-équipement des campagnes (pas d'eau
courante, ni de gaz ou d'électricité), les travaux domestiques
sont gros consommateurs de temps. Le contexte socioculturel détermine
les attributions des uns et des autres en fonction de leur sexe et de
leur statut dans la famille.
Ainsi on constate un peu partout :
- Une très forte mobilisation des femmes sur les différentes
activités domestiques et aussi sur les activités agricoles.
- Un faible implication des hommes chefs de ménage dans ces tâches
domestiques avec cependant des variations sensibles entre les observatoires.
A Antalaha par exemple, la participation des hommes chefs de ménage
à des tâches traditionnellement féminines (garder
les jeunes enfants, faire la lessive ou préparer le repas) est
plus importante qu'ailleurs.
- Une participation non négligeable des enfants en âge d'être
scolarisés (6 à 14 ans) aux travaux domestiques comme aux
travaux agricoles. Dans certains cas, cette mobilisation des enfants peut
avoir des répercussions sur leur travail scolaire. La répartition
par sexe des rôles est déjà nettement inscrite dans
l'éducation des enfants de 6 à 14 ans, mais toutefois moins
marquée que chez les adultes.
- L'approvisionnement en eau est une activité essentiellement
dévolue aux femmes et aux petites filles. Les hommes chefs de ménages
y participent très exceptionnellement ; mais les jeunes garçons
collaborent à cette activité même s'ils y sont nettement
moins nombreux que les filles. Environ un quart des personnes qui participent
à l'approvisionnement en eau sont des enfants de 6 à 14
ans. Cette proportion est plus élevée sur les Hautes Terres,
mais l'accès à l'eau y est aussi souvent plus aisé
dans les villages équipés de pompes ou de puits. Les ménages
consacrent de 30 minutes à 1 heure par jour à l'approvisionnement
en eau ; le transport se faisant à pied. Il n'y a qu'à Ambovombe
dans le Sud où 15 % des ménages utilisent une charrette
pour aller s'approvisionner dans les citernes.
- Contrairement à l'eau, la collecte du bois n'est pas une activité
quotidienne et la participation des hommes est plus importante. Mais,
la contribution des femmes est très variable selon les régions,
ce sont elles qui majoritairement assument cette charge, cela illustre
bien les différences culturelles entre les régions dans
la division du travail par sexe. Et c'est plutôt là où
le temps de collecte est le plus long, dans le Sud les femmes sont le
plus mobilisées. Le transport est aussi le plus souvent réalisé
à pied, sur de longues distances. Là où la traction
attelée est développée utilisent aussi des charrettes
(Marovoay, Tsiroanomandidy, Antsirabe, Antsohihy.) Le temps de collecte
du bois, rapporté à la journée, est sensiblement
plus long que pour l'eau, surtout dans du Sud, où il faut aller
de plus en plus loin pour ramasser du bois de chauffe. La mobilisation
des enfants d'âge scolaire est moins importante pour cette tâche
que pour l'approvisionnement en eau. Toutefois, comme à Antsirabe,
près du quart des personnes qui font la collecte de bois sont des
enfants. A la pénibilité de la tâche s'ajoute le problème
du temps qui y est consacré. Il n'y a que sur Alaotra, Marovoay
et Bekily que la part des enfants tombe en dessous de 10%.
Les activités productives : des revenus plus faibles pour les
femmes
Peu de diversification dans l'activité principale :
Dans la très grande majorité des cas, l'activité
principale déclarée par le chef de ménage est l'agriculture,
dans presque 90% des cas. Seules quelques régions comme Farafangana
ou Manjakandriana (77%) descendent à 77%, car elles comptent un
certain nombre de commerçants ou d'ouvriers agricoles ou encore
la plaine côtière Mahafaly où près d'un quart
des chefs de ménage pratique la pêche en activité
principale. Parmi ces ménages dont le chef est agricole, on trouve
d'autres actifs (conjoint, enfants) dont l'activité principale
n'est pas agricole : mais la plupart de ces activités restent dans
le secteur primaire (élevage, pêche, exploitation forestière.
Il y a donc très peu de diversification des activités principales
en dehors du secteur primaire. Les revenus de l'agriculture et l'élevage
sont recueillis pour l'ensemble du ménage et on ne connaît
pas précisément la répartition des ressources entre
les membres du ménage.
La proportion de femmes pratiquant une activité principale hors
agriculture et élevage est dans l'ensemble légèrement
inférieur à celle des hommes et leur rémunération
plus faible, l'écart de revenu par rapport à celui des hommes
peut varier de 15 à 58%.
En général, le secteur moderne rapporte
un revenu annuel plus élevé que les autres secteurs, mais
ces emplois sont plutôt occupés par des hommes. Il s'agit
surtout d'employés administratifs (enseignants, gendarmes, membres
de l'administration) ou bien de salariés du secteur privé
ou associatif.
Autres activités complémentaires du
revenu.
C'est par ces activités complémentaires, exercées
par 70 à 80 %, que s'opère la diversification des revenus.
A Marovoay, sur un grand périmètre irrigué, où
la riziculture irriguée devrait pouvoir mobiliser à plein
temps les actifs, 93% des ménages complètent leur revenu
par une ou plusieurs autres activités. Il n'y a que Tsiroanomandidy
et Bekily où moins de la moitié des ménages pratiquent
une activité complémentaire.
Le plus souvent, les ménages vendent leur force de travail comme
salariés agricoles ; mais l'éventail des travaux est assez
large, avec une préférence pour le petit commerce et l'artisanat
(fabrication de nattes ou transformation de produits alimentaires.) En
moyenne, les ménages qui cherchent un complément de revenu
ont entre 1 et 2 activités secondaires, comme à Marovoay
ou à Fénérive, on peut trouver une moyenne de 3 activités
par ménage.
En dehors du travail directement lié à l'exploitation agricole,
les ménages complètent leur revenu monétaire de différentes
manières, salariat agricole, artisanat ou petit commerce etc. Hommes
et femmes participent de façon égale à ces activités.
Le salariat agricole
La petite agriculture familiale est faiblement mécanisée
et, souvent, la main d'œuvre familiale ne suffit pas pour accomplir
certaines tâches dans les délais imposés par le calendrier
agricole (en particulier pour la riziculture.) Le ménage fait alors
ponctuellement appel à de la main d'ouvre extérieure, provenant
d'autres ménages agriculteurs. Cette main d'ouvre est le plus souvent
salariée, un complément de revenu indispensable ou plus
rarement mobilisée dans le cadre de l'entraide.
Du côté des employés, le salariat agricole est un
complément de l'activité principale des ménages et
les deux tiers des revenus monétaires des ménages proviennent
du salariat agricole.
Les parents et les enfants louent leur force de travail pour obtenir
un revenu monétaire.
La participation de la population active (en âge de travailler,
c'est à dire de 10 ans et plus) varie de 1 à 27%. C'est
dans Sud que l'offre en salariat agricole est la plus faible (1 à
3% seulement, sauf à Tuléar où elle est de 17%),
et est plutôt réservée aux hommes. Ailleurs, hommes
et femmes participent dans des proportions presque équivalentes
au volume de travail fourni (en journées de travail.)
La riziculture est la plus grosse consommatrice de main d'ouvre. Elle
occupe plus de 60% et peut même atteindre 95% des salariés
agricoles. En effet, la contrainte du calendrier rizicole oblige l'exploitant
à recruter des ouvriers temporaires.
Les hommes et les femmes sont cependant mobilisés pour des tâches
différentes : les travaux de force comme le labour, le piétinage
et le battage sont plutôt réservés aux hommes, alors
que les femmes sont spécialisées dans des travaux d'endurance
comme le repiquage. Le sarclage ou la récolte sont effectués
par les hommes et les femmes avec cependant des variations régionales
importantes. Par exemple, dans l'Est, la récolte du riz est effectuée
sur les épis et non par arrachage des plantes et ce travail d'endurance
est plutôt confié aux femmes.
Le salaire journalier varie selon le type d'opération et en moyenne
les femmes sont moins rémunérées et ne reçoivent
qu'entre 70 à 90% du salaire journalier des hommes (par exemple
à Tsiroanomandidy en 1999, le salaire moyen/homme jour pour la
riziculture est de 5.790 FMG contre 4.250 FMG pour les femmes.)
Les autres activités complémentaires :
En dehors du salariat agricole, les ménages effectuent des activités
artisanales pour compléter leur revenu. Et chaque région
a ses spécialités en fonction des ressources disponibles
: certaines régions sont connues pour la fabrication de paniers,
le tressage de nattes ou pour la fabrication d'huile artisanale, activités
conduites essentiellement par les femmes.
En revanche, le petit commerce et le démarchage sont plutôt
pratiqués par les hommes et rapportent des revenus sensiblement
plus élevés.
Dans la plupart des cas, l'ensemble des activités complémentaires
(salariat et autres activités) fournit au ménage entre le
tiers et la moitié de leur revenu monétaire, utilisé
pour acheter les produits de première nécessité.
De ces commerces, qui contrôle l'argent de ces ventes et qui décide
de la destination du revenu monétaire tiré de ces ventes
?
Le chef de ménage a le contrôle quasi-absolu sur la vente
des produits les plus importants de l'exploitation agricole : maïs,
tubercules et riz à Antsirabe, riz à Marovoay. Seules les
productions plus « marginales » sont en partie contrôlée
par une autre personne du ménage, qui est, sauf exception, la femme
du chef de ménage. Sauf quelques exceptions comme à Marovoay
et à Antalaha, certains produits sont du domaine des femmes alors
qu'à Antsirabe, le chef de ménage garde le contrôle
sur tous les produits. Le monopole du chef de ménage est cependant
légèrement écorné quand il s'agit de dépenser
l'argent de la vente des produits.
La vente des animaux et des produits de l'élevage reproduit le
même schéma : les hommes contrôlent la vente des bœufs
et des porcs, les femmes interviennent dans la vente des volailles et
des produits de l'élevage (lait, oeufs.
A travers ces données qualitatives, on voit que, malgré
le travail que les femmes fournissent dans les différentes activités
agricoles, leur pouvoir de décision dans la commercialisation des
principaux produits demeure relativement réduite.
La scolarisation dans le primaire : de faibles inégalités
entre les sexes :
Par rapport à de nombreux autres pays, Madagascar s'illustre actuellement
par une très faible discrimination entre garçons et filles
dans l'accès à l'école. L'écart est plus important
pour les générations précédentes, au détriment
du niveau d'éducation des femmes.
Les taux nets et bruts de scolarisation font apparaître de très
grandes disparités, le Sud et le Sud-Est étant particulièrement
défavorisés.
Un retard dans l'âge d'entrée à l'école (7
ou parfois 8 ans) explique partiellement ces mauvais taux. Les taux bruts
de scolarisation montre d'ailleurs que beaucoup d'enfants ayant plus de
10 ans se trouvent encore dans le primaire en raison du retard qu'ils
ont pris au départ et des redoublements (c'est pourquoi les taux
bruts sont souvent supérieurs à 100%.)Dans tous les cas,
la différence entre garçons et filles est peu importante,
les taux étant même dans certains cas meilleurs pour les
filles.
La fréquentation actuelle de l'école ne révèle
pas de discrimination entre garçons et filles, mais le niveau de
compétence atteint par les individus de plus de 15 ans révèlent
une inégalité entre hommes et femmes au détriment
des femmes (à l'exception de Tuléar) Cette inégalité
augmente avec l'âge des individus, illustrant les progrès
récents accomplis dans la scolarisation des filles.
Les meilleurs taux sont observés à Alaotra et à
Manjakandriana , où entre 80 et 90% des hommes et des femmes sont
alphabétisées, avec un faible différence selon le
genre, les moins bons taux sont constatés à Bekily où
seulement 23% des hommes et 17% des femmes déclarent savoir lire
et écrire.
On constate des taux de scolarisation dans le primaire identiques quel
que soit le sexe du chef de ménage
On sait que le taux de scolarisation des enfants est lié au niveau
de formation des parents, en particulier de la mère. On a vu que
les femmes chefs de ménage avaient un niveau de formation de base
très inférieur à celui des hommes et qu'un grand
nombre d'entre elles étaient illettrées. On sait aussi que
leurs revenus sont souvent plus bas que ceux des hommes.
Toutes ces conditions pourraient entraver la scolarisation de leurs enfants
dans le primaire.
Or, malgré tous ces handicaps, les taux de scolarisation des enfants
dans le primaire sont sensiblement égaux chez les ménages
dirigés par les femmes et ceux dirigés par les hommes.
Et cette situation a été observée dans de nombreux
autres pays en développement (Pilon, 1996) à conditions
égales, les femmes chefs de ménages scolarisent plus leurs
enfants que les hommes.
Les femmes chefs de ménage : une plus grande vulnérabilité
La proportion croissante de femmes chefs de famille en milieu urbain
a attiré l'attention des analystes ces dernières années.
En milieu rural, la part des femmes chefs de famille varie beaucoup entre
un ménage sur quatre et un ménage sur dix sont dirigés
par une femme.
La situation de ces ménages est mise en regard avec celle des
ménages « standards » c'est à dire dirigé
par un homme. En effet dans les normes internationales, ce n'est que quand
ce dernier fait défaut que la femme est considérée
comme chef de ménage. La très grande disparité des
situations économiques et sociales rend particulièrement
pertinente cette comparaison au sein d'un même milieu. Elle permet
de distinguer les inégalités selon le genre des inégalités
liées au contexte économique et environnemental (en particulier
les conditions agro-climatiques)
Les inégalités sexuées favorisent l'entrée
et le maintien dans la pauvreté de l'ensemble du ménage
monoparental dirigé par une femme, car les enfants sont aussi concernés
et il y a transmission intergénérationnelle de certaines
des pénuries.
Les caractéristiques du groupe des femmes
chefs de ménage :
Dans leur très grande majorité, les femmes chefs de ménage
sont veuves, séparées ou divorcées. Un petit groupe,
très minoritaire, est formé par les femmes mariées
à un polygame ou dont le conjoint effectue une migration de longue
durée (plus de 6 mois), mais qui peuvent bénéficier,
au moins épisodiquement de son soutien matériel et moral.
La moyenne d'âge des femmes chefs de ménage est plus élevée
que celle des hommes de 5 à 10 ans, l'écart le moins important
étant observé dans le Sud. L'âge médian des
hommes chefs de ménage tourne autour de 38-40 ans alors que celui
des femmes oscille plutôt autour de 45-50 ans.
La taille moyenne des ménages dirigés par une femme varie
entre 4 et 5 personnes.
Elle est sensiblement inférieure à celle des ménages
dirigés par un homme dont la taille se situe plutôt entre
5 et 6 personnes. Cette différence de taille entre les deux groupes
est au minimum de 0,3 et au maximum de 1,8 personne par ménage.
Le taux de dépendance est le rapport du nombre d'inactifs sur
le nombre d'actifs.
Plus ce taux est élevé, plus la charge incombant aux actifs
est lourde. Pour 77% des cas le taux moyen de dépendance est plus
élevé chez les ménages dirigés par une femme.
Il varie, entre un minimum de 0,9 et un maximum de 1,6 (entre 0,7 et 1,3
pour les hommes.) Cette situation se comprend aisément, puisque
dans le ménage « standard » dirigé par un homme,
il y a généralement au moins 2 actifs (l'homme chef de ménage
et son conjoint.) L'écart entre le groupe des hommes et celui des
femmes est cependant atténué par le fait que les ménages
dirigés par les femmes sont en moyenne plus âgés et
donc ont moins de jeunes enfants à charge. Mais cette moyenne masque
l'hétérogénéité de la situation des
femmes chefs de ménage et la dispersion de la variable «dépendance»
est plus importante chez le groupe de ménages dirigés par
des femmes que chez le groupe de ménages dirigés par des
hommes.
Les différentes formes d'inégalités :
La vulnérabilité est la probabilité de tomber dans
la pauvreté. Cette probabilité est plus grande dans le cas
des femmes en raison des inégalités sexuées. On raisonne
ici sur la pauvreté en termes de ménage, car on ne connaît
pas la distribution de la pauvreté entre les membres d'un même
ménage.
L'inégalité du revenu monétaire
et non monétaire :
Le calcul des revenus des ménages ruraux est une opération
complexe en raison de la diversité des sources de revenu, de l'autoconsommation
d'une partie de la production agricole et de l'irrégularité
de ces revenus sur l'ensemble sur l'année Le revenu disponible
brut ( le revenu disponible brut = Production + Salaires (activités
principales et secondaires) + revenu des propriétés reçus
(location des terres et fermage) - Consommations intermédiaires
(semences engrais.) - Rémunérations des salariés
- Revenu de la propriété versé (location de terre
et fermage) permet de prendre en compte le mieux possible l'ensemble de
ces éléments. Calculé au niveau du ménage,
pondéré en fonction de la taille et de la composition du
ménage, (car les ménages dirigés par des femmes étaient
sensiblement plus petits et de structure différente que ceux dirigés
par des hommes) permet de comparer d'une manière objective les
deux groupes.
Le groupe des femmes chefs de ménage retenu dans l'analyse qui
suit comprend uniquement les femmes célibataires, veuves ou divorcées.
On constate qu'à l'exception de la région de Tsiroanomandidy,
le revenu disponible brut est plus important dans les ménages dirigés
par des hommes que dans les ménages dirigés par des femmes.
Mais l'écart est parfois faible comme à Antsirabe, où
il est de 7% ou même plus élevé comme à Marovoay
où les revenus des ménages dirigés par des hommes
dépassent de 50% celui des femmes.
L'inégalité des potentialités
:
L'inégalité des potentialités concerne le capital
physique, à travers la possession de terrain et de biens matériels,
le capital humain, c'est à dire le niveau d'éducation atteint,
et le capital social à travers l'appartenance à des associations
ou réseaux de solidarité.
On constate de fortes inégalités dans
la possession du capital physique :
De façon générale, les ménages dirigés
par des hommes possèdent plus de terrains à cultiver que
les ménages dirigés par des femmes. Une différence
moyenne de 25% à l'avantage des hommes mais qui s'explique assez
bien par le fait qu'il y ait, dans la plupart des cas, deux adultes à
la tête du ménage. Par contre, chez les femmes chefs de ménage
la capitalisation foncière est moindre et la décapitalisation
plus fréquente.
Si l'on considère le cheptel, autre actif important, les ménages
dirigés par des hommes possèdent de manière générale
un cheptel plus important. Mais cette différence est plus nette
concernant le gros élevage (en moyenne 50% de bovins en moins)
que le petit élevage (seulement 10% de caprins en moins). C'est
donc, dans ces deux cas, encore en termes de vulnérabilité
des ménages dirigés par des femmes que le problème
se pose.
Il y a aussi de très forts écarts entre le niveau de
formation des femmes et des hommes :
L'absence actuelle de discrimination entre garçons et filles dans
l'accès à l'école ne doit pas masquer les profondes
inégalités qui ont marqué les générations
précédentes et qui pénalisent fortement les femmes
chefs de ménage.
Dans 54% des cas, plus de la moitié des femmes chefs de ménage
n'ont jamais été à l'école alors que seulement
5% ont des taux aussi alarmants pour les hommes. Et dans 38% des cas,
cette proportion oscille autour du tiers pour les femmes.
Dans la plupart des cas, l'écart entre hommes et femmes chefs
de ménage dans la fréquentation de l'école est très
important, et les hommes sont souvent deux fois plus nombreux à
avoir été scolarisés.
Bien évidemment, cet écart se retrouve dans les taux d'alphabétisation
et les femmes chefs de ménage déclarant savoir lire et écrire
sont beaucoup moins nombreuses que les hommes. La différence reste
très importante, le minimum se trouvant à Ambovombe (24%)
et le maximum à Manjakandriana (67%) La proportion est toujours
légèrement inférieure à la fréquentation
de l'école, car une partie des personnes qui ont été
scolarisées ne l'a pas été suffisamment longtemps
(ou suffisamment efficacement) pour posséder les acquis fondamentaux
que sont la lecture et l'écriture.
Le nombre moyen d'années d'études suivies par les personnes
ayant été scolarisées est aussi inférieur
chez les femmes chef de ménage, qui ont été à
l'école environ une année de moins que les hommes. Ce nombre
oscille généralement entre 3 et 4.
Les principales raisons d'arrêt des études sont aussi assez
différentes pour les hommes et les femmes, même si ces raisons
sont essentiellement d'ordre économique. Les femmes ont plus souvent
arrêté l'école pour travailler, tout comme les hommes,
mais avancent aussi le manque de motivation de la famille, qui ne voyait
pas l'intérêt de maintenir leur fille à l'école.
Les frais de scolarité trop élevés sont la troisième
principale raison d'arrêt des études.
L'inégalité des conditions de vie :
Cette inégalité concerne particulièrement une couverture
alimentaire moins bien assurée.
La production d'aliments de base (riz, maïs ou manioc) pour la consommation
familiale est un des principaux objectifs des producteurs ruraux. Ce souci
de recherche d'autosuffisance pour les biens vitaux que sont ces produits
de base s'explique facilement par le contexte l'enclavement et de difficulté
de circulation des produits dans lesquels se trouvent la très grande
majorité des villages. Les ménages sont exposés pendant
la période de soudure à des hausses importantes du prix
des produits de base voire à des ruptures d'approvisionnement.
Le taux de couverture alimentaire en produits de base peut être
considéré comme un indicateur de vulnérabilité
pour les ménages, en particulier ceux dont les revenus sont plus
faibles que la moyenne.
Les ménages ayant une couverture alimentaire inférieure
à 3 mois sont donc très dépendants des achats pour
leur alimentation. La proportion de ces ménages est plus élevée
parmi ceux dirigés par une femme, en particulier dans les régions
de Farafangana, Alaotra et Fénérive. A l'inverse, la proportion
de ménages ayant plus de 6 mois de couverture alimentaire est plus
élevée chez les ménages dont le chef est un homme
que chez ceux dirigés par une femme.
L'alimentation des ménages ruraux est peu diversifiée et
la consommation de viande ou de poisson est souvent un luxe fort rare.
L'écart entre les deux groupes de ménages (chef homme/chef
femme) existe au profit des hommes. Dans certaines régions, comme
à Antsohihy ou à Antalaha, près de la moitié
des ménages consomment de la viande plus de 3 à 4 fois par
mois alors qu'à Ambovombe ou à Tuléar, ils sont plus
de la moitié à déclarer ne jamais en consommer.
CONCLUSION
L'analyse des premiers résultats concernant les inégalités
sexuées montre que la forte mobilisation des femmes pour les tâches
familiales et domestiques réduit leur capital-temps disponible
pour les activités productives. D'autre part, bien qu'actuellement
les taux de scolarisation dans le primaire des garçons et des filles
soient sensiblement identiques, le niveau de formation des femmes adultes
est plus faible que celui des hommes et leur contrôle des ressources
plus limité.
Les conséquences de ces inégalités sont amplifiées
chez les ménages dirigés par une femme. Ces femmes sont,
dans la plupart des cas, veuves, séparées ou divorcées
et assument seules les responsabilités familiales. Leurs enfants
subissent la différence sensible de niveau de vie par rapport aux
ménages dirigés par des hommes. Cependant, malgré
des difficultés matérielles plus importantes, les taux de
scolarisation dans le primaire sont identiques entre les ménages
dirigés par un homme et ceux dirigés par une femme.
Combattre la pauvreté demande d'accroître les potentialités
des femmes afin de les rendre moins vulnérables et ainsi mieux
prendre leur destin, et celui de leurs enfants en main. Ceci implique
des interventions pour les aider à constituer un capital physique
suffisant (terrains, cheptel, matériel) ou financier (épargne
et micro-crédit), et pour valoriser leur niveau de capital humain
et celui de leurs enfants. Des actions d'information à leur égard,
ciblées sur les opportunités en matière d'emploi,
de financement de création.
Décembre 2003. Rakotozafy.
|